Vœux aux français d’Emmanuel Macron : entre apaisement et détermination

Pour la troisième fois depuis le début de son mandat, Emmanuel Macron a adressé ses vœux aux français. Un discours qui entre dans la rhétorique habituelle du « en même temps » présidentiel : entre apaisement et détermination.

Les vœux républicains, tradition de la Vème République instaurée par le général de Gaulle en 1960, est l’occasion pour les présidents successifs de s’adresser directement aux français tout en préservant la sacralité de la parole présidentielle. 

Alors, que contient la cuvée 2020 des vœux du président Emmanuel Macron ?

Réforme des retraites : « trouver la voie d’un compromis rapide »

Dans un contexte délicat de négociation avec les organisations syndicales, Emmanuel Macron a rappelé sa détermination à mener à terme la réforme des retraites, tout en reconnaissant que le bouleversement des habitudes pouvait créer des « peurs » et des « angoisses ». 

Le président a défendu « un projet de justice et de progrès social ». Pour justifier cela, trois éléments ont été avancés dans le discours. 

Tout d’abord, l’universalité du projet, où 1 euro cotisé donnera les mêmes droits quel que soit le moment de la carrière et le statut.

Ensuite, un projet plus équitable, pour les femmes et certaines professions qui connaissent des carrières hachées et donc des pensions plus faibles. 

Le dernier élément est le principe de responsabilité à l’égard des générations futures, puisque le président de la république est le garant de l’équilibre financier du système de répartition des retraites. Un système au sein duquel il faut veiller à ce que « ceux qui travaillent peuvent financer les retraités ».

Comme une injonction à Edouard Philippe premier ministre, Emmanuel Macron donne le tempo. Selon lui, il faut « trouver la voie d’un compromis rapide ». 

Le premier ministre n’a pas tardé pour trouver cette voie. Dans une lettre datant du 11 janvier 2020, un pas est fait vers les syndicats réformistes. Le premier ministre affirme qu’il est « disposé à retirer du projet de loi » la mesure de l’âge d’équilibre de 64 ans en 2027, ligne jaune (ou chiffon rouge) de Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT.

Le compromis consiste à reconnaître la légitimité de l’interlocuteur et être prêt à faire un pas vers celui-ci afin de trouver un consensus acceptable par les deux parties. La France, contrairement à l’Allemagne, n’est pas le pays du compromis, chacun reste camper sur ses positions, et faire un pas vers l’autre est vu comme un renoncement, une faiblesse.

Le premier ministre par ce compromis récemment trouvé et salué par les syndicats réformistes CFDT et UNSA, traduit un moment significatif pour l’histoire du dialogue social en France, loin du fameux « je suis dans droit dans mes bottes » d’Alain Juppé en 1995.

« La France n’avait pas connu un tel élan depuis des années »

Soucieux de démontrer les effets concrets des efforts de réformes menées, le président Macron dresse le bilan chiffré de son action à mi-mandat. 

« 500 000 emplois créés depuis mai 2017 (…) ; des créations d’entreprises toujours plus nombreuses ; des investissements internationaux dans notre économie supérieurs à ceux qu’enregistrent nos voisins ». Fer de lance de son action politique, Emmanuel Macron martèle ses bons résultats économiques.  Ils sonnent comme une réponse à la crise des gilets jaunes : « des usines qui rouvrent et permettent à des territoires en difficulté de renouer avec l’espoir… ». Ces chiffres sont pour lui la preuve que la France peut réussir dans l’économie globale tout en respectant la valeur fondamentale qu’est le travail.

C’est aussi un message à la droite libérale française dont on sait qu’elle est aujourd’hui son électorat.
Emmanuel Macron fait tout ce que la droite libérale française à rêver de faire mais qu’elle n’a jamais fait par pusillanimité. Il faut se rappeler de la phrase de Nicolas Sarkozy qui sous un ton rieur affirma Macron « c’est moi, en mieux ». Aussi, l’ex-conseillère de l’ex-président, « Macron est le meilleur président de droite qu’on ait eu depuis un certain temps ».

« 2020 sera l’année où un nouveau modèle écologique doit se déployer »

Les vœux républicains n’ont pas échappé au sujet majeur de ces dernières années : l’écologie. Le président Macron a retenu la leçon des gilets jaunes et déploie une nouvelle méthode. Fini l’écologie punitive dont la taxe carbone était l’étendard, bienvenue à la Convention citoyenne !

Le président s’est montré ouvert aux futures propositions de la Convention citoyenne composée de 150 citoyens tirés au sort. L’agenda est simple : au printemps prochain, la Convention citoyenne devra proposer des solutions pour lutter contre le réchauffement climatique. 

Contrairement aux écologistes classiques qui promeuvent une radicalité de la rupture avec le système actuel, considérant que c’est la seule solution viable pour la survie de l’espèce humaine, le président a parlé d’alliance « écologique et économique ». 

Cela semble être un désaccord fondamental entre le parti écologiste et la vision d’Emmanuel Macron. L’objectif est toujours le même : ne pas se couper de l’économie mondiale. Cela pour deux raisons. D’une part, la France sixième puissance mondiale peut et doit réussir dans le contexte économique global de notre époque. 

Et d’autre part, comment peut-on affirmer aux puissances émergentes auxquelles on a vendu pendant des décennies le libre-échange comme garanti d’un avenir prospère, le fait qu’aujourd’hui il est temps de rompre avec ce modèle ? 

« Une pensée chaleureuse pour les maires de France »

Ces vœux républicains interviennent également dans un contexte de campagne électorale avec les municipales des 15 et 22 mars 2020. L’occasion pour le président d’avoir des mots forts pour ces élus de terrain qui ont tenu la barre lors du grand débat national rappelant « le dialogue respectueux et républicain » dont ils ont su faire preuve à cette période compliquée.

« Ils sont les piliers de la république du quotidien, des territoires. Nous en avons tant besoin. »

Une nouvelle fois la leçon a été retenue, un lien de confiance avec ceux qui sont au plus près des préoccupations des français, doit exister, c’est même vital pour la bonne poursuite du quinquennat d’Emmanuel Macron. 

S.B

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