En ce début de semaine, les groupes pharmaceutiques Pfizer et BioNtech ont annoncé que le vaccin contre le coronavirus qu’ils ont testé s’était révélé efficace à 90% en phase 3, c’est-à-dire la dernière phase de test avant l’homologation des gouvernements et des agences de santé. Cette nouvelle est assurément une avancée dans la recherche et la lutte contre cette pandémie, elle a même été perçue comme telle par les différentes places boursières dans le monde, où un grand nombre de cours sont repartis à la hausse après cette annonce. Cependant, de nombreuses questions restent en suspens par rapport à cette nouvelle.

Tout d’abord, si ce vaccin venait à se révéler aussi efficace, il y aurait un problème totalement prévisible, celui de la logistique. En effet, étant donné l’ampleur de cette pandémie, il est très largement envisageable que les demandes pour ce vaccin soient à un niveau jamais atteint auparavant. Même si Pfizer a annoncé que la première production serait de 1,3 milliards de doses – si le vaccin venait à être homologué – cette promesse apparaît comme très optimiste pour de nombreux experts.

De plus, au niveau français, le pays ne serait pas le premier servi, car il n’est ni l’inventeur ni le producteur de ce vaccin. C’est pourquoi la prudence est de mise concernant l’arrivée de ce vaccin sur le territoire français. Nous savons d’ores et déjà que les Américains ont précommandé un nombre très élevé de doses, ce qui fait qu’ils seront très vraisemblablement servis en premier. De plus, à l’image du manque criant de doses pour le vaccin contre la grippe en France (12 millions de doses seulement pour un pays de 67 millions d’habitants et dans un contexte sanitaire tendu), rien ne garantit que le nombre de doses disponibles en France soit suffisant pour l’ensemble de la population.

Par ailleurs, la question de la conservation du vaccin se pose également. En effet, ce vaccin se repose sur « l’ARN messager », qui consiste à injecter des brins d’instructions génétiques pour faire fabriquer, par nos cellules, ce qui doit être fait pour lutter contre le virus. Or, ces brins doivent être conservés à des températures extrêmement basses, à savoir -70°C dans le cas de ce vaccin. Même si BioNtech a assuré cette semaine que le vaccin pouvait également être conservé dans un réfrigérateur classique pendant cinq jours, la prudence est encore une fois de mise.

Même si, d’après les premières analyses des tests cliniques, il n’existe pas d’effets secondaires avec ce vaccin, cette question inquiète nombre de pays, à commencer par la Chine et le Japon. En effet, certains vaccins ont des effets secondaires légers, mais, dans ce cas-là, et avec un virus aussi présent dans le monde, les gouvernements désirent s’assurer de l’efficacité totale de ce vaccin avant de se lancer dans une production et/ou des achats de masse. Il faudra également juger l’immunité individuelle dans un second temps, car les tests ont été réalisés par Pfizer dans un délai entre 7 et 15 jours après les injections, soit quand la protection est la plus élevée.

Enfin, et même si ce vaccin venait à être efficace, le principal souci ne serait pas encore réglé : il s’agit de « l’hésitation vaccinale ». Cela correspond à la défiance des individus vis-à-vis des vaccins proposés par l’industrie pharmaceutique. Ainsi, un sondage réalisé par Ipsos, à travers 15 pays, a révélé que, en octobre 2020, seulement 54% des Français se ferait vacciner si un vaccin contre le coronavirus était disponible, contre 59% en août. Or, l’immunité collective chère au gouvernement, n’est atteinte qu’autour des 70% de personnes immunisées. Arnaud Bernaert, responsable des initiatives sanitaires au Forum Economique Mondial, souligne que les chiffres révélés par cette étude pourraient très fortement influencer l’efficacité du vaccin au niveau national. D’après lui, « un vaccin ne fonctionnera pas si la population le refuse ». Il juge donc comme la prochaine étape essentielle, la restauration de la confiance entre le gouvernement, les industries pharmaceutiques et le public.

Cependant, même si ce vaccin n’est pas encore sûr à 100%, il faut malgré tout saluer l’avancée scientifique que cela représente et réaliser que le vaccin contre le coronavirus et un retour à la vie « normale » ne sont plus si éloignés.

Valère Bénazet

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