Le dimanche 1er novembre 2020, l’ancienne première ministre et candidate pro-européenne Maia Sandu a devancé le Président sortant et pro russe Igor Dodon, en récoltant 35,77% des voix contre 32,87%. Les résultats de ce premier tour reflètent l’endémique rivalité qui existe en Moldavie entre les pro-russes et les pro-européens. Dionis Cenusa, chercheur à l’université Justus-Liebig en Allemagne, affirme : « Les candidats évoquent tous deux une politique étrangère équilibrée, multivectorielle, mais l’affrontement est bien géopolitique ». Cet « affrontement géopolitique » explique d’ailleurs en partie les instabilités politiques de ce petit pays d’Europe de l’Est car aucune majorité parlementaire ne se dégage.

Quelle est le lien de la République de Moldavie avec la Russie ?

Territoire enclavé entre l’Ukraine et la Roumanie, la Moldavie a toujours, à travers son histoire, été convoitée par ses deux voisines ce qui fait qu’elle occupe un statut assez ambiguë. En 1812, elle est cédée par l’Empire Ottoman à l’Empire Russe qui en fait le « gouvernement de Bessarabie ». En 1917, lors de la révolution russe, elle devient autonome puis s’unit au Royaume de Roumanie jusqu’en 1940, date du pacte germano-soviétique qui contraint la Roumanie à céder la Bessarabie à l’Union Soviétique. Devenue République Socialiste Soviétique Moldave (RSSM), elle est soumise au processus de « russification », qui vise à occulter la culture roumaine dominante au profit d’une culture soviétique. Le russe devient la langue officielle, l’alphabet cyrillique remplace l’alphabet latin et les noms des villages sont renommés à consonance russe. La Moldavie rassemble donc aujourd’hui une grande communauté russophone, d’autant plus que le russe était obligatoire dans le cursus scolaire jusqu’en 1991, date à laquelle la République de Moldavie déclarait son indépendance à l’URSS. Aujourd’hui, 95% des Moldaves comprennent le russe, qui reste la langue inter-ethnique et 80% le parlent, le lisent et l’écrivent couramment.

Le conflit gelé en Transnistrie

La Russie possède un intérêt particulier pour la région, non seulement sur le plan historique, mais aussi géopolitique. Effectivement, les habitants majoritairement russophones de la Transnistrie – petite région du nord-est de la Moldavie au-delà du fleuve du Dniestr – ont voulu faire valoir leur identité russe et étaient formellement opposés au rattachement supposé de la Moldavie à la Roumanie. Cette réclamation séparatiste a engendré de fortes tensions, car la Moldavie voulait contrôler les industries et la centrale hydroélectrique de Dubasari se situant en Transnistrie. La situation s’est rapidement embrasée avec le soutien de l’armée russe envers les séparatistes, et les conflits armés ont causé des pertes civiles. Cette guerre du Dniestr s’est soldée par un échec des troupes moldaves qui, malgré des tentatives de négociations sur un statut politique particulier d’autonomie de la Transnistrie en cas de rattachement de la Moldavie à la Roumanie, n’ont pas réussi à regagner le contrôle de la région. Cette dernière se déclare ainsi « République moldave du Dniestr » et se trouve sous le contrôle du gouvernement de Transnistrie qui n’est par ailleurs pas reconnu par l’ONU. La Transnistrie possède ainsi sa propre Constitution, son drapeau, son hymne, sa monnaie et se réclame pro-russe en adhérent aux anciens codes soviétiques. La Russie y garantit toujours sa sécurité en y maintenant des troupes, empêchant la Moldavie d’y exercer sa souveraineté. Le cessez-le-feu signé en juillet 1992 gèle ainsi le conflit et maintient de facto l’indépendance de la Transnistrie.

Du communisme à une économie de marché ; une transition difficile

La Moldavie, en plus d’avoir souffert de ce conflit ethnique et géopolitique, porte encore les cicatrices de la transition du communisme à l’économie de marché. Elle est aujourd’hui le pays le plus pauvre d’Europe en termes de PIB/hab et possède l’IDH le plus bas du continent. Ainsi, depuis les années 2000, la Moldavie se vide de sa population, et surtout de sa population active. L’impact démographique est inquiétant : en moyenne, la Moldavie perd 30 000 habitants par an, faisant baisser inexorablement son taux de natalité. Cependant, cette fuite des cerveaux est à double tranchant. En effet, au moins 15% du PIB de la République de Moldavie émane de l’envoi d’argent des expatriés, ce qui n’est pas négligeable. Cette diaspora contribue donc directement au soutien de l’économie moldave, même si elle n’est pas de bon augure pour l’avenir.

Maia Sandu a ainsi axé sa campagne sur la stimulation d’emploi ainsi que sur l’ouverture vers l’Union Européenne. L’économie moldave reste encore très dépendante de l’économie russe notamment sur le plan énergétique, donc accroître ses liens avec l’Union Européenne lui permettrait de diversifier ses débouchés économiques. Maia Sandu s’est ainsi attiré les voix des expatriés moldaves, qui voient en elle la possibilité de moderniser ce pays encore très agricole.

Louis Brand

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