Un tracking à la française basé sur le consentement, est-ce vraiment possible ?

Le Gouvernement a mis au débat public l’éventuelle mise en place d’une application de traçage des données afin de lutter contre la propagation du virus.

Le sujet a immédiatement divisé les français, entre ceux qui trouvent légitime que l’on mette tous les moyens en œuvre pour combattre le covid-19 et ceux qui trouvent intolérable que le contexte, aussi difficile soit-il, puisse permettre la récolte de données personnelles.

Entre application liberticide et attentatoire aux libertés individuelles d’un côté, et sacrifice de nos valeurs démocratiques de l’autre, la vérité est certainement au milieu. 

La France a fait le choix de l’équilibre avec l’application « StopCovid ». 

Tout d’abord, ce qu’il faut savoir c’est que l’application ne stockera pas les données personnelles, elle pourra être téléchargée de manière anonyme et sera basée sur le consentement de l’usager. En effet, contrairement à d’autres pays comme la Chine, la France a fait le choix d’être en ligne avec la doctrine européenne de non conservation des données comme principe pour le respect de la liberté de chacun. 

Un outil au service de la lutte contre la propagation du virus.

L’objectif de cette application serait de lutter contre la propagation du virus en traçant les personnes porteuses de symptômes afin d’endiguer l’épidémie. Le « contact tracking » permettra de savoir si l’on a croisé quelqu’un de contaminé et donc d’éviter que la personne qui dispose de l’application ne contamine à son tour d’autres personnes et de ce fait, participe à la propagation du Covid-19. 

Géants du net vertueux contre Etat pilleur de données, vraiment ?

Les plus farouches défenseurs de la liberté individuelle se sont opposés à cette application expliquant que par principe, une application qui récolte des données est liberticide, d’autant plus lorsque c’est un Etat qui déploie la démarche. Cependant, ces derniers semblent omettre le fait que les individus dans nos sociétés modernes livrent leurs données sans la moindre hésitation ! Le cas des réseaux sociaux est flagrant sur ce point, puisqu’ils sont en capacité de nous rappeler des souvenirs que nous-mêmes avions oubliés. Le stockage est massif mais personne ne s’en plaint.

Alors l’argument principal à ce constat est le fait que c’est un acteur privé et non l’Etat qui récolte ces données et que donc ce ne serait pas les mêmes considérations vis-à-vis de nos libertés. 

Or la frontière, me semble-t-il, ne se positionne pas sur ce point. Il est vrai c’est l’Etat qui récolterait nos données, mais est-ce que par principe, ou par idéologie, nous devrions empêcher l’Etat et autoriser en parallèle les entreprises privées ? 

Est-ce que l’Etat est vertueux par nature ? Evidemment non ! Est-ce qu’il faut s’en méfier automatiquement ? Evidemment non ! Surtout dans le contexte de crise que nous traversons qui nous rappelle chaque jour à quel point la centralité de l’Etat a un rôle primordial dans l’imaginaire des français. Seule issue à laquelle se rattacher. 

La confiance en nos institutions supposerait donc que l’on connaisse les moyens mis en œuvre à travers cette application pour lutter contre le virus. Et c’est l’engagement de la France : l’application sera basée sur le consentement et les données seront anonymes, ce qui permettra le parfait respect de nos valeurs démocratiques. 

Face à la grande braderie des données personnelles établie par les géants du net, notre devoir n’est-il pas de consentir, ou non d’ailleurs, à la possibilité d’accès à nos données par l’Etat afin de rendre plus efficace la lutte contre l’accélération du virus ? Sachant que nous le faisons chaque jour sans nous poser la question, l’intérêt général mérite bien la possibilité d’un consentement de plus.

S.B

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