Sophie Pétronin, dernière otage française dans le monde, enfin libérée

Retenue en otage depuis près de quatre ans au Mali par des insurgés djihadistes, Sophie Pétronin, 75 ans, humanitaire à Gao, a été libérée grâce à l’intervention des autorités maliennes. L’ex-otage est arrivée en France ce vendredi 9 octobre 2020, où elle a été accueillie par ses proches, le président Emmanuel Macron ainsi que le ministre des Affaires Étrangères Jean-Yves Le Drian. Dans le même temps ont pu être libérés un prêtre, un jeune Italien ainsi que l’opposant politique malien Soumaïla Cissé. 

Cette opération, menée de bout en bout par le gouvernement de transition au Mali, reste couverte de nombreuses zones d’ombre.

Lundi dernier, de nombreuses sources ont révélé que les autorités maliennes s’apprêtaient à réaliser un « échange » impliquant la libération de Sophie Pétronin et de Soumaïla Cissé contre la libération de dizaines de djihadistes condamnés ou présumés. 

En effet, cet événement coïncide avec la remise en liberté de combattants islamistes, dont le nombre reste assez flou, car le Mali n’a procédé à aucune communication officielle concernant ce sujet.

Cependant, l’agence Associated Press parlait lundi 5 octobre 2020 de 180 prisonniers, citant une « source officielle malienne ». Selon l’AFP, dont les sources sont « proches des tractations », « plus d’une centaine de personnes » ont été relâchées. Les preneurs d’otages, le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans, ont affirmé sur l’application Telegram, avoir obtenu la libération de 206 personnes, comme le rapportent les journaux Le Monde et Libération.

Ce n’est pas la première fois que des échanges ont lieu afin d’obtenir la libération d’otages aux mains de groupes terroristes, mais ce qui surprend ici est le nombre très élevé d’individus relâchés pour permettre la remise en liberté des otages.

Quel profil ont ces prisonniers ?

Bien que les autorités locales n’aient fait aucune déclaration, il est d’ores et déjà connu que toutes les personnes libérées n’étaient pas toutes des islamistes radicaux au dernier degré. Nombre d’entre elles sont considérées comme « des petits poissons », dont les condamnations par la justice malienne auraient été difficiles à obtenir.

Néanmoins, Le Monde affirme que trois membres-clés du djihadisme au Sahel ont été libérés : Abou Dardar, chef local lors de l’occupation du nord du Mali par les islamistes, Fawaz Ould Ahmed, impliqué dans des attentats à Bamako et Sévaré (Mali) en 2016, ayant fait 28 morts. Le dernier serait Mimi Ould Baba, soupçonné d’avoir organisé des attentats à Ouagadougou (Burkina Faso) et Grand-Bassam (Côte d’Ivoire) en 2016, causant le décès de 49 personnes.

En France, un échange remis en question 

Les conditions ayant permis cette libération ne font pas l’unanimité en France. En effet, plus de 5000 soldats français sont encore présents dans le Sahel, dans le cadre de l’opération Barkhane. Marine Le Pen, la présidente du Rassemblement National, exhortait ce vendredi le gouvernement de dévoiler les « conditions qui ont présidé à cette libération ». Au travers d’un tweet, elle n’accepte pas que l’on puisse « transiger avec l’islamisme et permettre la libération de djihadistes ».

Malgré toutes les interrogations autour de sa libération, l’heure est aux réjouissances pour la famille de Sophie Pétronin, qui a par ailleurs déclaré souhaiter retourner à Gao pour « voir ce qui s’y passe ».

Valère Bénazet 

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