La justice britannique a pris le lundi 4 janvier 2021 la décision de ne pas extrader le fondateur de Wikileaks vers les États-Unis.
L’australien de 49 ans encourait une sentence de 175 ans d’emprisonnement en vertu de l’Espionage Act américain de 1917. Les motifs sont piratage, mise en danger d’opérations militaires américaines, et publication de documents confidentiels en 2010 et 2011, au sujet de leurs activités en Irak, en Afghanistan, et dans la prison de Guantanamo ainsi que la publication de plusieurs milliers de télégrammes diplomatiques.
Perçu par certains comme un héros défenseur de la démocratie et de la transparence, et par d’autres comme un « terroriste high-tech », selon les propres mots de Joe Biden en 2010, Julian Assange est une des figures publiques les plus controversées.
À vingt ans, il est accusé d’une trentaine de cyber-délits puis poursuit des études de physique, mathématiques et programmation pour lesquelles il ne reçoit pas de diplômes.
Il fonde Wikileaks en 2006, une organisation non-gouvernementale qui a pour activité la publication de documents classifiés provenant de sources anonymes afin de rendre visibles des secrets ou scandales d’État, comme l’explicite son slogan « We open governments ».
Après des allégations sérieuses d’agression sexuelle par deux femmes suédoises portant contre lui en novembre 2010, Julian Assange séjourne sept ans à l’ambassade d’Équateur en Angleterre pour éviter l’extradition vers la Suède, dès 2012.
Il est arrêté en avril 2019 pour avoir enfreint les conditions de sa liberté conditionnelle et séjournait depuis à la prison de Belmarsh au Royaume-Uni.
La décision de la juge Vanessa Baraitser a été un soulagement à la fois pour le concerné et ses proches, mais aussi pour la sphère journalistique en général qui plaide à travers cette affaire la liberté de la presse et d’expression. L’ONG américaine Freedom of the Press Foundation s’est exprimée sur Twitter : « C’est un énorme soulagement pour quiconque est attaché aux droits des journalistes » et « ce résultat va protéger les journalistes ».
Cependant, la demande de sa libération sous caution a été refusée deux jours plus tard par la cour criminelle de l’Old Bailey de Londres, démontrant que le verdict final n’a pas eu pour but d’exempter M. Assange des allégations qui lui sont adressées par les États-Unis. Le porte-parole du ministère américain de la justice Marc Raimondi a communiqué la volonté américaine de faire appel à cette décision : « Même si nous sommes extrêmement déçus par la décision finale de la cour, nous sommes satisfaits car il a été donné raison aux États-Unis sur tous les points de droit soulevés. Nous allons continuer à chercher à extrader M. Assange aux États-Unis »
Ironiquement, l’élément salvateur dans cette première étape du procès du lanceur d’alerte a été son état psychologique fragile – un risque de suicide, jugé incompatible avec une extradition.
Ce dossier, qui risque de se poursuivre en Cour suprême britannique, fait écho à l’affaire de l’ancien employé de la CIA Edward Snowden ou encore à celle de l’ancienne analyste militaire américaine Chelsea Manning. Cette dernière a bénéficié en 2017 de la grâce présidentielle sous l’administration Obama, dont faisait partie le nouveau locataire de la Maison Blanche, Joe Biden. Malgré ses propos durs de 2010, celui-ci s’inspirera peut-être de son prédécesseur démocrate…

Laora Hoek – 13/01/21

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