Le second tour des élections municipales : qu’en est-il des alliances ?

Le premier tour des élections municipales 2020 s’est tenu le 15 mars dans un contexte de crise sanitaire due au Covid19. Le second tour des élections a donc été reporté au 28 juin. La semaine dernière, mardi 2 juin à 18 heures, les candidats ont dû déposer leurs listes du second tour, laissant apparaître de nombreuses alliances parfois inattendues. 

Un point sur le mode de scrutin des élections municipales 

Pour les communes de plus de 1000 habitants, les élections se déroulent au scrutin proportionnel de listes à deux tours avec prime majoritaire. 

Cela signifie qu’à l’issu du premier tour, si une liste obtient la majorité absolue des votes (plus de 50%), la moitié des sièges lui est attribuée et l’autre moitié est proportionnellement répartie entre toutes les listes ayant obtenu plus de 5% des votes. 

Si aucune liste n’a obtenu la majorité absolue, un second tour est organisé mais seules les listes ayant obtenu au moins 10% des votes au premier tour peuvent se représenter. De plus, les listes qui ont obtenu entre 5 et 10% peuvent rejoindre une autre liste. 

Ce fonctionnement explique bien les enjeux des alliances effectuées entre les deux tours des municipales. A l’issu du 2 juin, ce ne sont pas moins de 644 listes qui ont fusionnées pour former 544 nouvelles listes. 

La République En Marche, des alliances inclinées à droite malgré quelques exceptions 

A l’issu du dépôt des listes du second tour, seulement huit listes LRM ont fusionnées avec des listes divers gauche (soit 13% des 59 listes LRM qui se sont associées à d’autres). On compte 19 alliances avec des listes divers droite, 14 avec les républicains et 5 avec l’union de la droite. Ainsi, dans plus de 70% des cas, les listes LRM se sont rapprochées du centre ou de la droite. 

Ces alliances se sont souvent faites contre l’avis du parti, comme à Lyon par exemple. En effet, Gérard Collomb s’est vu destitué du parti à la suite de son alliance avec les républicains de Laurent Wauquiez.  L’ancien ministre de l’intérieur a décidé de se ranger derrière la liste LR de François-noël Buffet à la métropole, en échange du soutien de la droite à Yann Cucherat, son poulain, à la mairie. 

Dans neuf communes, la fusion s’est faite avec des listes sans étiquette. C’est le cas par exemple à Landivisiau dans le Finistère où la fusion avec une liste divers gauche a donné une « union du centre ». A Villepinte, en Seine-Saint-Denis, la liste LRM arrivée sixième a été absorbée par une liste écologiste. 

Une droite républicaine qui suit les pas d’En Marche, l’inquiétude de la perspective de 2022

Au cours de la fusion des listes municipales des républicains, des alliances inédites ont vu le jour. En effet, à Basse-Terre en Guadeloupe, une liste LR a été accueillie par une liste socialiste contre la maire sortante, étiquetée divers droite. Dans le Rhône, à Chassieu, les républicains ont été absorbés par une liste divers gauche et se retrouveront face à une liste divers droite.

Mis à part ça, Les Républicains se sont majoritairement alliés avec La République En Marche, ce qui inquiète les responsables du parti. En effet, certains républicains s’interrogent sur l’avenir du parti et son positionnement sur l’échiquier politique, et craignent de peiner à se différencier de LRM. « Nous avons sacrifié une stratégie de long terme sur des victoires locales de court terme », dénonce un cadre du parti qui s’inquiète pour l’avenir de LR. Selon lui, c’est donner du grain à moudre au moulin de Marine Le Pen et de la gauche sur le « fantasme qu’entretiennent certains sur le “LRM”, sorte de nouvel “UMPS” ». Au sein du parti, on retrouve d’autres propos qui vont dans ce sens : « C’est un vrai sujet politique car comment voulez-vous avoir une candidature solide en 2022 si vous avez cogéré autant de villes avec LRM ? », « Peut-être aurait-il même fallu sacrifier certaines communes plutôt qu’organiser cette confusion ». 

Néanmoins, Christian Jacob, président des républicains, rappelle que ces alliances ne concernent que six villes sur « 273 de plus de 30 000 habitants, souvent avec LR en tête de liste ». L’eurodéputé Brice Hortefeux est lui optimiste en expliquant qu’« une fusion aux municipales relève plus du pacs à durée déterminée que du mariage pour la vie ». 

Des alliances habituelles du côté du Parti communiste français et du Rassemblement National

Mis à part les alliances inédites telles que le duo LR – divers gauche, on retrouve pour ce second tour des municipales de nombreuses fusions habituelles. En effet, le PCF a effectué douze fusions de listes, chaque fois avec des listes d’« union de la gauche » telles qu’EELV, PS ou divers gauche.

De plus, sur près de 130 listes encore en course, le RN n’en a fusionné que trois, avec deux listes divers droite et une liste sans étiquette. 

Tiphaine Chatagne

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