Qui était Patrick Devedjian ?

Décédé le 29 mars dernier à l’âge de 75 ans après avoir contracté le Covid-19, Patrick Devedjian a été unanimement salué par la classe politique française. Cet ancien ministre du gouvernement Fillon et secrétaire général de l’UMP a été l’une des premières personnalités politiques du pays à décéder des suites du nouveau Coronavirus, avec le député LREM Jean-François Cesarini. Un hommage leur a été rendu par une Assemblée nationale pratiquement vide, le 31 mars dernier.

Né le 26 août 1944 à Fontainebleau, Patrick Devedjian poursuit des études de droit à Assas avant de faire un passage à Sciences Po Paris. Dans sa jeunesse, et à l’image de plusieurs autres figures de la droite parlementaire comme Alain Madelin ou Gérard Longuet, il s’engage à l’extrême droite et rejoint le mouvement « Occident » en 1964, à seulement vingt ans, avant de s’en éloigner progressivement à partir de 1966, sous l’influence du grand philosophe libéral Raymond Aron. Patrick Devedjian a expliqué en février 2005 dans un entretien accordé au journal Le Monde qu’il considérait son passé d’extrême droite comme une erreur de jeunesse mais qu’il n’avait jamais cherché à le dissimuler. En tant que fils d’un immigré arménien, il considère que cet engagement à Occident était pour lui une manière de se sentir français, et aussi de donner corps à ses convictions anticommunistes, auxquelles il n’a en revanche jamais renoncé.

Homme de culture et intéressé par le combat des idées, il crée en 1970 avec Georges Liébert la revue intellectuelle Contrepoint, qui existe encore aujourd’hui sous le nom Commentaire. Cette revue d’obédience libérale – dans la droite ligne de l’influence de Raymond Aron – a permis entre autres de faire connaître aux français l’existence et l’ampleur de la dissidence en Union Soviétique ; elle s’inscrit ainsi parfaitement dans son temps, puisque l’année de sa création coïncide symboliquement avec l’attribution du prix Nobel de littérature à Alexandre Soljenitsyne.

Mais au-delà du combat culturel, Patrick Devedjian veut s’engager plus concrètement en politique. Il adhère à l’UDR et participe à la fondation du RPR en 1976 avec Jacques Chirac et Charles Pasqua. Il conquiert ensuite en 1983 la mairie d’Antony, à l’occasion du raz-de-marée de la droite aux élections communales.  Il restera maire de cette commune des Hauts-de-Seine jusqu’en 2002, année où il fait son entrée au gouvernement en tant que ministre délégué aux libertés locales, puis ministre délégué à l’industrie à partir de 2004. Parallèlement, il a été député des Hauts-de-Seine pendant plus de trente ans, de 1986 à 2017.

Néanmoins, sa carrière politique ne fut pas à la hauteur de ses débuts prometteurs ; trop orgueilleux – comme il le disait lui-même – et surtout trop indépendant vis-à-vis de la logique interne des appareils politiques, ses prises de position ne plaisent pas nécessairement aux responsables politiques de la droite. Ainsi, il n’hésite pas à choisir Balladur en 1995 alors qu’il est l’avocat de Jacques Chirac. Patrick Devedjian devient un proche de Nicolas Sarkozy dès le début des années 2000, mais se trouve déçu de la politique d’ouverture menée par ce dernier une fois arrivé à la présidence, et plus particulièrement de ne pas se voir attribuer le poste de garde des sceaux – confié à Rachida Dati – dont on pouvait penser logiquement qu’il lui reviendrait. Il déclara avec humour qu’il était tellement favorable à l’ouverture qu’il eut aimé qu’elle se prolonge jusqu’aux sarkozystes. Après une discussion houleuse avec l’ancien Président, il hérite finalement de la présidence du Conseil départemental des Hauts-de-Seine – qui avait vu se succéder Jacques Baumel, Charles Pasqua et Nicolas Sarkozy lui-même –, poste qu’il conservera jusqu’à sa mort. Il est également appelé au gouvernement après la crise financière de 2008, en tant que ministre chargé de la mise en œuvre du plan de relance, et reste au gouvernement jusqu’en 2010.

À l’annonce de sa mort, de nombreux responsables politiques de droite lui ont rendu hommage, comme Valérie Pécresse, présidente du Conseil régional d’Île-de-France et Xavier Bertrand, président du Conseil régional des Hauts-de-France, ainsi que des personnalités issues de la gauche, à l’image de Manuel Valls ou Pierre Moscovici.

Son dernier tweet, le soir du 26 mars, est illustratif de la dangerosité et du caractère imprévisible du Covid-19 : « Je suis touché par l’épidémie, donc à même de témoigner directement du travail exceptionnel des médecins et de tous les personnels soignants. Fatigué mais stabilisé grâce à eux, je remonte la pente et leur adresse un très grand merci pour leur aide constante à tous les malades. »

C. R.

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