Que fait l’Union Européenne face au Coronavirus ?

La pandémie de coronavirus a consacré le pouvoir souverain des États, dont les décisions unilatérales sont lourdes de conséquences pour l’activité économique et la vie des citoyens. En arrière-plan, les instances de l’Union européenne peinent à prendre des décisions et démontrent une relative impuissance ; certains vont même jusqu’à évoquer la fin du projet d’intégration européenne.

Pourtant, l’Union a pris un certain nombre de dispositions pour aider les États membres face au virus. Bruxelles a annoncé avoir mis en place un fonds de près de 140 millions d’euros pour développer un vaccin, dont 80 millions iront à la firme allemande CureVac. Parallèlement, un bouclier financier consistant en 750 milliards d’euros de rachats de dette publique et privée d’ici la fin de l’année 2020 a été annoncé par la Banque centrale européenne (BCE) ; en effet, les règles du pacte de stabilité concernant le déficit budgétaire ont été assouplies. De plus, la Banque européenne d’investissements a promis une aide de vingt milliards d’euros supplémentaires pour venir en aide aux entreprises.

Mais malgré ces actions qui interviennent a posteriori, le fond du problème est que l’UE n’a pas réellement de compétences coercitives en matière sanitaire. L’article 168 du traité sur le fonctionnement de l’UE (TFUE) précise seulement qu’elle doit encourager la coopération entre les États membres. La présidente de la Commission européenne, l’allemande Ursula von der Leyen, reconnaît dans une lettre adressée aux Italiens le 2 avril que l’UE a tardé à réagir face à la pandémie, et que les conséquences de ce retard se sont particulièrement ressenties en Italie. Dans un tweet du 27 mars, l’ancien président du Parlement européen et membre de Forza Italia, Antonio Tajani, s’en était pris violemment à l’UE, pointant  sa « lâcheté » et son inaction alors que la crise du coronavirus pesait lourdement sur l’économie italienne. Le même jour, le ministre des Affaires étrangères Luigi Di Maio – issu du Mouvement 5 étoiles, parti populiste et originellement eurosceptique dont il a participé à faire évoluer la ligne en faveur de l’intégration européenne – a déclaré attendre de la « loyauté » et un véritable soutien des partenaires européens.

Lorsque l’épidémie a commencé à se propager en Europe, et notamment au début en France et en Italie, certains pays membres ont décidé unilatéralement de fermer leurs frontières sans aucune concertation. Ce fut le cas au début du mois de mars de la Pologne et de la Hongrie. Ces décisions unilatérales ont été contestées par la Commission, avant que la fermeture partielle des frontières allemandes – notamment de sa frontière avec la France – ne soit décidée le 15 mars. Dès le lendemain, l’UE a décidé de fermer les frontières extérieures pour une durée de trente jours, bien que cela repose sur la libre coopération des États membres.

De la même manière, les régimes de confinement diffèrent beaucoup d’un pays à l’autre ; du semi-confinement des pays scandinaves au confinement total de l’Italie en passant par le pari de l’immunité collective au Royaume-Uni, les États membres n’imposent pas le même degré de distanciation social à leurs citoyens. Mais c’est surtout pour le déconfinement que l’Europe va devoir assurer une certaine coordination, dans la mesure où des pays pourraient, en choisissant de déconfiner précocement, nuire au bon déroulement du confinement dans d’autres pays.

En ce qui concerne les masques, les décisions arbitraires de l’Allemagne, qui a rigoureusement interdit leur exportation, et de la France qui a adopté un décret de réquisition – au mépris des principes fondateurs de l’Union européenne dont la libre circulation des marchandises constitue l’un des socles originels – symbolisent une tendance générale à l’égoïsme national et au « chacun pour soi ». Face à la crise, l’UE a pris certaines décisions. L’exportation de masques en dehors de l’Union est désormais soumise à une autorisation de la Commission, et un appel d’offres a été lancé pour des stocks de masques et d’autres équipements sanitaires. Néanmoins, ces décisions interviennent encore une fois assez tard dans la crise.

Enfin, c’est surtout sur le plan économique qu’une action coordonnée de l’Union européenne est attendue et indispensable. Les pays les plus fragilisées, dont l’Italie et l’Espagne, proposent l’émission d’obligations – des « eurobonds » ou « coronabonds »  – sur une dette commune qui leur permettrait d’alléger leurs difficultés financières après la crise. Mais les pays du Nord de l’Europe comme l’Allemagne n’accepteraient pas de mutualiser leur dette avec celles des pays du Sud fortement endettés. Autre instrument envisageable, le Mécanisme européen de stabilité (MES), dont le financement est assuré par les États membres, pourrait intervenir pour aider les pays les plus en difficulté. Mais les prêts s’accompagneraient, comme c’était le cas lors des négociations sur la restructuration de la dette grecque, d’une exigence de lourdes réformes structurelles (voulues notamment par les Pays-Bas) que les gouvernements italien et espagnol ne pourraient pas accepter.

Néanmoins, jeudi dernier, les ministres des Finances de la zone euro sont parvenus à un accord pour un plan de soutien de 500 milliards d’euros afin de surmonter les conséquences économiques de la pandémie. Ce chiffre se compose d’un fonds de garantie de 200 milliards d’euros pour les entreprises, jusqu’à 240 milliards d’euros de prêts du MES et 100 milliards pour le chômage partiel. Le gouvernement italien s’est dit réjoui de l’abandon des conditions en termes de réformes exigées pour le MES. La question de l’émission de « coronabonds », quant à elle, n’a pas encore été tranchée, puisque l’Allemagne et la Hollande continuent de s’y opposer fermement.

C. R.

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