Un troisième mandat qui fait polémique

Le 31 Octobre en Côte d’Ivoire, le président sortant a été élu avec un score de 94,27% au premier tour pour une participation de 53,90%. Le candidat indépendant Kouado Konan Bertin a lui réalisé un score de 1,99%. Deux opposants ayant fait appel au boycott de l’élection, ont fait logiquement moins : l’ancien président Henri Konan Bédié a fait 1,66% quand l’ex premier ministre Pascal Affi N’Guessan a lui réalisé un total de 0,99%.
Le scrutin s’est déroulé sous un contexte de fortes tensions, entre le président et l’opposition. Celle-ci considère que le troisième mandat du président est « anticonstitutionnel » car la constitution ivoirienne limite le nombre de mandat présidentiel à deux seulement. Alassane Ouattara a contourné la Constitution en estimant que l’adoption d’une nouvelle loi fondamentale en 2016 l’autorisait à se porter candidat à l’élection présidentielle de 2020. Pourtant, le président sortant avait pris la décision en mars de ne pas se représenter, et de laisser place à son premier ministre Amadou Gon Coulibaly, à la tête de son parti, le RHDP. Ce revirement de position prend place après la mort de son premier ministre, où Alassane Ouattara prend finalement la décision de se présenter le 6 août, pour un « cas de force majeure » selon lui. Cette candidature controversée a provoqué plusieurs manifestations, on dénombre 30 décès depuis le mois d’août.

La stratégie de l’opposition

Le mercredi 28 Octobre, le porte-parole de l’opposition Pascal Affi N’Guessan avait déclaré boycotter les élections. Il a appelé les Ivoiriens à faire de même. Selon lui, le scrutin ne peut pas se dérouler correctement, et sera truqué pour permettre à Alassane Ouattara d’accéder au pouvoir. C’est la raison pour laquelle l’opposition a fait fermer des bureaux de votes, 23% n’étant pas ouverts le jour de l’élection. L’objectif de cette manœuvre était d’attaquer la légitimité de l’élection et qu’elle ne soit pas reconnue par la communauté internationale. Le gouvernement a qualifié de « complot » l’opposition pour avoir boycotté le scrutin. Sans avoir les résultats, les opposants ont mis en place un « conseil national de transition », présidé par l’ancien président Henri Konan Bédié et ont annoncé vouloir instaurer un gouvernement transitoire. Le ministre de la justice Ivoirien a annoncé en conférence de presse avoir saisi le procureur de la république d’Abidjan pour « traduire devant les tribunaux les auteurs et les complices de ces infractions »

Le président durcit le ton face à ses opposants

Le gouvernement a choisi la force, en menant une trentaine d’arrestations au QG de l’opposition, la maison de l’ancien président de la Côte d’Ivoire Henri Konan Bédié. Celui-ci n’a cependant pas été inquiété, de par son statut d’ancien chef de l’Etat. On compte ainsi, dans les arrestations, des personnes politiques de l’opposition à l’image de Maurice Kakou Guikahué, secrétaire exécutif du parti politique PDCI, ou encore Narcisse N’dri, directeur de cabinet de l’ancien président. D’autres personnes ont été conduites à la direction de la surveillance du territoire (DST), quand certains ont été entendus à la préfecture de police. De plus, L’AFP a eu confirmation de deux autres responsables de l’opposition, qu’ils étaient bloqués à leurs domiciles par les forces de l’ordre. En réaction à ces arrestations, l’ancien chef de l’opposition, et ancien premier ministre Guillaume Soro, a appelé depuis l’étranger à faire face à Alassane Ouattara et a « rallié le Conseil national de transition ». M.Soro est un personnage politique des plus influents dans le pays, mais sa candidature avait été invalidée pour les élections présidentielles de 2020.

Des réactions à l’international

Le 3 novembre, une déclaration conjointe des Nations Unies, de l’Union Africaine, de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest a demandé à ceux qui ont créé le Conseil National de transition de « revenir sur leur décision, de respecter l’ordre constitutionnel et de privilégier la voie du dialogue pour résoudre tout différend ». Ces trois organisations ont d’ailleurs affirmé leur volonté d’accompagner la Côte d’Ivoire dans un dialogue permettant de « trouver un dénouement pacifique à la crise actuelle » De son côté la France a appelé ce mercredi les deux camps à « mettre fin aux provocations et actes d’intimidation ». L’union européenne a aussi fait part de « sa vive préoccupation concernant les tensions, les provocations et les incitations à la haine qui ont prévalu en continue de subsister dans le pays autour de ce scrutin ». À l’international comme en Côte d’Ivoire, on redoute une nouvelle guerre civile, cependant le compromis n’est pour l’instant pas d’actualité entre les deux camps…

Louis Chauffour

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