Municipales, premier tour : quel bilan ?

Dimanche dernier s’est tenu le premier tour des élections municipales de 2020, quelques jours après le passage au stade 3 de l’épidémie de Covid-19, et dans un climat d’incertitude assez inédit sur la suite de l’épidémie et les décisions gouvernementales. Le taux d’abstention s’est révélé sans surprise anormalement fort : entre 53,5 et 56 %, soit près de 20 points au-dessus du niveau de 2014, pour un scrutin municipal pourtant assez ritualisé dans la tradition républicaine, et alors même que la participation avait été relativement élevée aux européennes de 2019. La cause de cette abstention inédite est bien évidemment le coronavirus, et il serait bien difficile d’isoler les autres variables statistiques auxquelles on attribue généralement la variation des taux d’abstention.

La circulaire Castaner ayant fait passer le seuil de « nuançage politique » à 3500 habitants, une grande partie des 35000 communes françaises se trouve écartée des interprétations politiques et statistiques des résultats de ce premier tour. Néanmoins, l’analyse des villes de plus de 3500 habitants fournit un certain nombre de pistes, et l’on peut déjà voir se dessiner quelques lignes de force.

Ainsi, une fois écartée la problématique très conjoncturelle de l’abstention, on peut diagnostiquer un retour timide du clivage droite-gauche dans les grandes villes, alors qu’il s’était progressivement érodé depuis l’élection présidentielle de 2017 – qui avait vu l’effondrement du Parti Socialiste – en passant par les européennes de 2019 – où les Républicains avaient à leur tour subi une lourde défaite. La capitale symbolise cette tendance avec le score important de la maire sortante, Anne Hidalgo, qui a emporté près de 30 % des voix, loin devant la candidate LR, Rachida Dati, qui est néanmoins arrivée en tête dans 6 arrondissements de l’Ouest parisien. De nombreuses autres villes ont vu arriver en première position, un candidat issu des partis traditionnels, à l’image de Nantes et Lille – avec de bons scores socialistes – et Toulouse et Nice – où les candidats LR font la course en tête.

L’autre point marquant de ce premier tour est la percée des écologistes, qui arrivent en tête dans de nombreuses grandes villes comme Lyon, Grenoble, Strasbourg, mais aussi Bordeaux et Besançon. De son côté, le Rassemblement National réalise de bons scores, avec quelques réélections directes de maires sortants (Steeve Briois à Hénin-Beaumont et David Rachline à Fréjus), et une bonne chance de prendre Perpignan, où Louis Aliot a réalisé un score important. Notons cependant que le maire de Béziers Robert Ménard, qui avait été élu en 2014 avec le soutien du FN, a été réélu triomphalement avec près de 69 % des voix dès le premier tour mais en ayant refusé cette fois-ci le soutien du RN.

Enfin, les résultats du premier tour sont peu encourageants pour la majorité, puisque dans de nombreuses grandes villes, les candidats LREM ne sont pas dans le duo de tête : c’est le cas à Paris (où Agnès Buzyn arrive troisième, loin derrière Rachida Dati), Bordeaux, Grenoble, Perpignan, Besançon ou encore Lille. Le Premier ministre Édouard Philippe quant à lui, candidat au Havre, arrive largement en tête du premier tour, mais n’a que peu de réserves de voix pour le second tour. Sur toutes les communes où le nuançage politique était autorisé et, où un candidat LREM s’est présenté, la plupart ont vu le vote en faveur du Parti présidentiel baisser par rapport à 2017.

Le Président de la République a annoncé le report du second tour des élections municipales – qui avait été demandé par de nombreux responsables politiques des partis d’opposition, à l’image de François Ruffin de la France Insoumise – dans son allocution du lundi 16 mars. Selon Sibeth Ndiaye, porte-parole du gouvernement, le second tour se tiendra « idéalement le 21 juin ».

C. R.

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