Politique précoce, qui a débuté comme conseiller municipal à l’âge de 20 ans, dans sa commune natale de Pont-Trambouze, Patrice Verchère, 46 ans aujourd’hui, est député depuis 2007, et affilié au groupe Les Républicains (LR). Ancien maire de Cours La Ville, de 2008 à 2016, nous apprenons cette semaine sa volonté de briguer à nouveau cette mairie, afin de renouer avec le local, qu’il affectionne tant. 

CSpolitique vous dévoile l’interview exclusive du député Patrice Verchère

Nous l’avons rencontré il y a une semaine, lors d’un entretien exclusif, exactement le même soir où Laurent Wauquiez, président de la région Auvergne Rhône-Alpes, présentait ses vœux.

Les Municipales de Mars :

20 des 40 communes les plus peuplées sont tenues par un maire LR, alors que ce parti a décliné dans ses scores depuis le scrutin de 2014.

Comment voyez-vous ces Municipales ? Notamment dans le Rhône et à Lyon ? Cela va-t-il avoir des conséquences sur le futur du parti ?

Les municipales sont toujours des élections particulières, car il y a les maires sortants que les gens connaissent bien. Ce n’est pas le côté le plus politique des élections qui puisse exister. Certaines fois,  on a des scores aux élections nationales qui ne reflètent pas la situation lors de ces scrutins.

Les Républicains connaissent de fortes difficultés. Cela ne change pas beaucoup la donne, car il y a beaucoup de maires sortants. Je pense que l’on va plutôt garder nos positions, et garder des villes importantes, comme Saint-Etienne, Roanne, Caluire, Saint-Priest… Est-ce qu’on va en conquérir d’autres ? C’est tout l’enjeu de ce scrutin. Notamment à Lyon ou le contexte est particulier, avec plusieurs listes présentes. La droite est plutôt seule. Deux candidats LREM se combattent à jeux ouverts. Quant aux conséquences sur le parti ? Si c’est un échec, il y aura des difficultés supplémentaires, mais je pense que les LR feront plutôt un bon score par rapport aux autres.

La notoriété, et l’ancienneté des maires est un plus, de même que leur connaissance du terrain. 

A Lyon, Etienne Blanc a ses chances. Il fait une bonne campagne, et en face de lui, force est  de constater que le bilan de la ville n’est pas super non plus. Objectivement, quels changement majeurs ont eu cours ? On observe un mandat de train-train, d’inertie, c’est le mot…

Les Républicains et 2022 :

Après l’échec des Européennes (score à 8 %), le parti s’est restructuré, mettant Christian Jacob à sa tête, qui fut ministre sous Sarkozy et Chirac. Pour le moment, il semble avoir une ligne échangée, plutôt libérale et européiste, même si aucun programme d’ampleur n’a encore émergé.

Peut-on avoir des indices sur la future ligne qui sera mise en avant ? Faut t- il un leader charismatique dans l’optique de 2022 ?

Lors de l’élection primaire, j’ai soutenu Julien Aubert qui porte une ligne bien identifiée, étant  gaulliste, à la différence de Christian Jacob qui a une ligne plus rassembleuse. Il y a une Charte où on retrouve l’ADN de LR (Charte des principes fondamentaux des Républicains approuvée par 92 % des adhérents en Octobre 2019). Le Travail est à poursuivre afin de bien identifier cette ligne.

Bien entendu, le leader doit être charismatique, c’est plus facile d’obtenir les voix des français. Il faut une personne avec de la personnalité, quelqu’un qui ait envie, car pour candidater à la fonction suprême, un sacrifice d’au moins de deux ans est nécessaire, sur le plan personnel, professionnel. Pour l’instant, il y a des noms qui sortent, mais c’est bien trop tôt pour dire lequel pourrait incarner ce visage.

Nicolas Dupont-Aignan souhaite une élection primaire de droite patriote, avec des candidats défendant une France assez souveraine. 

Qu’en pensez-vous ? Selon vous, les partis doivent-ils s’allier, ou rester indépendants ?

Je pense qu’au moins les trois quarts des candidats sont patriotes. Même moi qui suis gaulliste et proche des idées de Philippe Séguin (pourfendeur du traité de Maastricht), je ne suis pas pour le repli. L’Europe est un principe de subsidiarité qui intervient dans des domaines où les Etats seuls auraient du mal, sinon elle doit les laisser faire. Je souhaite une Europe qui sache faire le bras de fer face à la Chine. Mis à part cela, les Partis doivent déterminer eux-mêmes la question des candidatures.

Je ne souhaite pas revivre les primaires comme elles ont eu lieu en 2017, quand bien même j’étais responsable de leur tenue sur le département du Rhône. Ce n’est pas dans l’ADN de la droite, c’est une américanisation, presque une socialisation car pour notre cas, l’exemple venait du Parti Socialiste qui avait amené la candidature de François Hollande.

C’est une autorité qui s’affaiblit, car une fois élu, le candidat en question distribue des responsabilités avec des gens qui n’étaient pas d’accord avec vous, et l’on part sur une incohérence qui ne correspond plus à la réalité du candidat en poste.

Faudrait t- il changer le mode de scrutin à deux tours ? Aux législatives et présidentielles ? Instaurer plus de proportionnelle ?

Je suis contre la proportionnelle, car elle favorise ceux qui sont proches du pouvoir, à la différence des gens de terrain, qui sont dans des territoires ruraux, et périurbains…  Même pour une part. Le parlementaire de terrain a un territoire plus vaste, et des difficultés à représenter ses concitoyens. Il y aurait des parlementaires qui ont pour seule qualité, ou presque, d’être proche des personnes qui décident qui est sur leur liste et à quel rang…

La France dans le monde :

Aujourd’hui, la France semble avoir un rôle de second plan dans le monde, contrairement à 50 ou 100 ans en arrière. Sur le plan économique ou elle a perdu des parts dans l’agriculture, l’industrie. Mais aussi dans le domaine militaire comme on l’a vu au Moyen-Orient. Alors économiquement, êtes-vous en faveur d’accords de libre-échange, un statuquo, ou bien des protections supplémentaires ?

Politiquement, que pensez-vous de son rôle ? Doit- elle poursuivre son rang au sein d’institutions comme l’Union Européenne (UE), ou encore l’Otan, ou bien affirmer plus d’indépendance ?

Je ne suis pas sûr que cinquante ans en arrière, La France était une plus grande puissance qu’aujourd’hui, mais aujourd’hui, même avec des pays qui ont des populations et des territoires d’une autre échelle, la France joue encore les premiers rôles. D’abord, elle a l’arme nucléaire ; nous avons des atouts majeurs, en termes de technologie, de qualité, d’infrastructures… On peut se plaindre de nos routes, mais il faut voir leur état ailleurs (Europe de l’Est, Afrique…). D’un point de vue militaire, nous faisons partie des rares pays au monde qui mènent des opérations extérieures. Les britanniques ne sont pas en mesure de le faire, les allemands ne le font pas, les chinois, on ne les voit pas dans des affaires de ce type, les russes un peu, les américains beaucoup, et puis il y a la France. La seule armée en capacité d’avoir 4000 militaires en permanence sur des théâtres d’opération extérieurs. Nous arrivons à couvrir une plus large zone de combat que les américains car nos façons de faire sont différentesJe force le trait, maisle soldat américain doit avoir son « MacDo » à l’intérieur de sa zone d’opération. (Rires). Les soldats français sont moins musclés, mais plus aguerris et efficaces. Certes, les américains ont des technologies que nous n’avons pas, mais le ratio d’efficacité tourne en notre faveur. En tant que membre de la Commission de la Défense nationale, je suis parti à l’étranger, et les américains reconnaissent que les français ont une qualité d’engagement, de formation assez rare, et que l’on peut voir avec la Légion étrangère, les paras, les forces spéciales…

Sur l’économie, cela est lié à l’Europe. Nous ne pouvons pas faire de politique seul. Il faudrait limiter les importations de produits qui ne respectent pas les normes sur lesquelles les pays européens s’engagent vis-à-vis de nos entreprises ; c’est l’Europe qui doit ordonner d’importer des produits qui correspondent à nos normes, sinon vous n’importez pas. Si la Chine ferme l’accès aux technologies, le marché européen est tellement énorme (en termes de clients, de chiffres d’affaires) que nous pouvons peser face à elle. C’est ce que font les américains, mais je ne suis pas sûr qu’on ne puisse pas trouver à terme un meilleur compromis, plus équilibré, sur cette question.

Dans l’Union Européenne, la France est un moteur, qu’elle le reste. Mais il faudrait créer de grands GAFA. Ni les allemands, ni l’Italie, ni l’Espagne, ni nous ne l’avons fait. Il n’y a pas de leadership identifié, et des projets comme Ariane ont montré que nous pouvions faire des choses à plusieurs. Si l’on n’a pas à terme nos propres GAFA, nos lieux de stockage (de données..), un Google, nous serons de gens de seconde zone, liés aux américains. 

Une institution comme l’OTAN fait la politique américaine, et a été créé pour cela. Elle a été utile lors de la guerre froide, et j’ai été en désaccord avec Nicolas Sarkozy qui a fait réintégrer la France à son commandement intégré. Je pense qu’il faut rester à l’extérieur, tout en gardant des liens.

La Jeunesse :

Actuellement, les jeunes sont dans une situation parfois difficile, et leur espoir s’atténue comme le montre certains sondages. 

Quel seraient selon vous les réformes majeures à adopter pour favoriser le cas des jeunes étudiants ? Que pensez-vous de la réforme du baccalauréat ? Selon vous, le gouvernement met t- il en place de bonnes mesures en ce qui concerne la jeunesse française (sur le plan scolaire…) ?

C’est moins mon domaine, sur le baccalauréat je ne sais pas, le problème est aussi qu’on réforme constamment, il doit y avoir des choses positives et négatives. Sur cette thématique, il faut mettre les moyens car une jeunesse qui perd espoir, c’est très mauvais pour une nation, c’est le socle même de notre avenir. Dans l’éducation, on ne va pas assez sur l’apprentissage, le concret… On pousse trop les gens vers l’université, alors qu’il y a beaucoup de métiers avec une demande, des métiers qui ont largement évolué par rapport au passé. Les entreprises doivent faire les efforts, et il y a des pans entiers qui ne trouvent pas de personnes formés correctement. Par exemple dans la Métallurgie, l’Automobile, qui n’ont plus rien à voir avec auparavant. Souvent, les étudiants formés à l’université ne trouvent pas, car il y a peu d’offres les concernant, et seuls les  meilleurs, ou chanceux vont trouver le poste adapté. On n’est pas assez souple par rapport à d’autres pays (Allemagne..).

C’est sûr que le manque de transition de l’école vers le monde professionnel est un vrai manque. Les entreprises doivent jouer le jeu, et ne peuvent pas bénéficier de gens formés, sans les avoir formés elles-mêmes. De plus, être formé plus tôt est un facteur pour trouver plus facilement un travail adapté. 

De mon avis personnel, je n’ai jamais trouvé que les conseillers d’orientation étaient d’une efficacité incontestable…

L’avis de politique :

Vous êtes député depuis 2007, et ce pour votre troisième mandat.

Aujourd’hui, quel est votre avis sur le rôle de député ? Sur sa marge de manœuvre ? 

Il y a une forte évolution du rôle de député, qui a moins de pouvoir dans la 5ème République, que lors des troisième et quatrième. De plus, la suppression du Septennat (sous Jacques Chirac), conforte cette idée. Avec le quinquennat, vous avez un certain nombre de parlementaires, nommés grâce au Président élu quelques mois avant eux. Les députés La République en Marche, sont parfois des élus pas préparés à la fonction, et sont assez soumis au Président de la République, car ils leur doivent l’élection… Le Régime est alors présidentiel, même si j’espère que le Sénat ne tombera pas sous une majorité LREM. Aujourd’hui, l’Assemblée Nationale a une seule chambre d’enregistrement et cela  pose problème. Sous des sentiments de vouloir régler des problèmes, on va en créer d’autres. On aseptise le débat, et certains thèmes ne sont même pas discutés. Alors certes, on débat et on vote. Je pense que LREM est un agrégat de tout ce qu’il y avait de plus négatif dans les partis traditionnels, en idée et pratique. Quand on regarde en l’espace de deux ans le nombre de mises en examen qu’ils ont pu connaître, à tel point que François Bayrou estime normal d’être mis en examen.

Faut t- il réduire le nombre de députés dans l’hémicycle ?

Ce serait une bêtise de réduire le nombre de parlementaires car quand on se compare à des pays comparables (Royaume-Uni, Espagne, Portugal, Italie…) nous sommes moins représentés par habitant. En Allemagne et aux Etats-Unis, il s’agit d’états fédéraux avec un certain degré d’autonomie par Etat, donc ces cas ne sont pas comparables. Si l’on veut une bonne représentativité dans le secteur rural, une baisse n’est pas souhaitable car les avantagés seront seulement les grandes villes. S’il y a plus que 2 députés pour une ville comme Lyon qui pèse 500 000 habitants, il n’y aurait plus qu’un seul député dans 40 départements, avec souvent une topographie complexe (pas de plat pays). Comment un député défendrait tel territoire ? Il ne faut pas se concentrer sur les métropoles pour donner à l’espace rural un rôle important…

Quant à la suppression du Sénat ?

Je ne suis pas en faveur de la suppression du Sénat, d’ailleurs toutes les grandes démocraties occidentales ont bien deux chambres. Qu’il évolue dans son fonctionnement, pourquoi pas. Par exemple, en supprimant le conseil économique, social, et environnemental (CESE). En faire une Chambre commune qui était la volonté de Du Général De Gaulle en 1969, de transformer cette institution en une chambre des territoires représentant bien la vie économique du pays.

Etes-vous intéressé pour briguer la Communauté de l’Ouest Rhodanien (COR) ? 

Tout est dans l’ordre du possible, pour moi qui souhaite davantage m’engager au niveau local, après 13 ans passés à l’Assemblée Nationale. Il y a des enjeux locaux à transformer un territoire. Cette Communauté représente un peu près la moitié de ma circonscription, c’est là dont je suis originaire, et où j’ai été maire (à Cours-la-Ville de 2008 à 2016).

Quels conseils donner aux maires de votre territoire, ou personnes voulant se lancer dans une campagne municipale ?

Comme conseils à donner aux maires, ou personnes qui s’engagent dans une campagne, il est important de connaitre son territoire et ses personnes, être force de proposition, aimer les gens… On le dit souvent. Pour ma part, je ne serai jamais candidat dans une ville importante parce que ce n’est pas dans mon tempérament. Il faut bien connaître, et ressentir l’essence des lieux. C’est comme cela que l’on fait un bon maire, peu importe le parti politique auquel on est affilié…

R.D

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