« Obamagate » : du nouveau du côté de l’enquête russe ?

Depuis quelques jours, l’activité du Président américain sur Twitter s’est concentrée autour du thème de l’« Obamagate » : « Le Watergate, ce n’est rien à côté de l’Obamagate », assure Donald Trump dans l’un de ces nombreux tweets, ajoutant également que l’administration Obama était « la plus corrompue » de l’histoire des États-Unis. Mais de quoi parle-t-on précisément ? Au cœur de la crise du Covid-19 et à quelques mois des élections présidentielles, quels enjeux représentent les rebondissements de l’enquête russe ?

Le 9 mai dernier, de nombreux médias américains ont lancé une nouvelle offensive contre l’administration de Donald Trump en fustigeant sa gestion de la pandémie de Covid-19. Barack Obama qualifia à cette occasion l’action du Président de « désastre chaotique absolu », contrevenant ainsi aux règles de courtoisie de la vie politique américaine qui défendent à un ancien président de critiquer l’action de son successeur. Dans la foulée, la presse s’empare de la polémique créée par l’infection de plusieurs membres du personnel de la Maison Blanche. Mais au même moment, Donald Trump lance une contre-offensive en mobilisant l’actualité de l’enquête russe, dont certains éléments pourraient entacher la crédibilité des Démocrates à quelques mois des élections.

En effet, dans ses récentes déclarations, l’ex-président ne se contente pas de critiquer la gestion de la crise du coronavirus par l’administration Trump. Barack Obama estime que l’élection de novembre 2020 sera extrêmement importante car elle dépasse le cadre politique national. « Il n’y a aucun précédent que l’on puisse trouver sur une personne inculpée de parjure qui s’en tire impunément », a-t-il déclaré en évoquant le blanchiment de Michael Flynn dans le cadre de l’enquête russe. L’ex-président se livre à de nombreuses allusions à la procédure de destitution lancée en 2019 contre le Président Trump, concernant une éventuelle ingérence dans les affaires intérieures de l’Ukraine sur la base de transcriptions de conversations entre ce dernier et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky. Cette procédure avait finalement échoué en février après que les Sénateurs avaient jugé les éléments de preuves trop faibles pour la poursuivre. La thèse du « complot russe » était alors au point mort, et le Président semblait avoir remporté – du moins provisoirement – ce bras de fer.

Finalement, le 7 mai dernier, avec le blanchiment de Michael Flynn, ex-conseiller à la sécurité nationale, concernant les accusations de parjure portées contre lui dans le cadre de l’enquête russe, la thèse de la collusion entre Donald Trump et la Russie a encore perdu en crédibilité. Rappelons que Michael Flynn avait été contraint à la démission en février 2017, dès les premiers jours du mandat de l’actuel Président, pour avoir rencontré Sergueï Kisliak, l’ambassadeur de Russie aux États-Unis.

L’enquête menée par le procureur spécial Robert Mueller sur une éventuelle collusion entre l’équipe de Donald Trump et les autorités russes a conclu en mai 2019 à une absence d’éléments tangibles. A partir de mai 2019, le procureur John Durham a mené une contre-enquête pour déterminer si l’enquête russe avait été diligentée de manière « légale et appropriée». Le 7 mai dernier, le House Intelligence Committee – la commission permanente du Congrès américain en charge du renseignement – a déclassifié un certain nombre d’audiences menées entre 2017 et 2019. Il ressort de ces documents que seuls les démocrates ont été informés de l’enquête au moment de son lancement à l’été 2016, dans les derniers mois du mandat de Barack Obama. De plus, et c’est la raison pour laquelle le Président Trump évoque un « obamagate » depuis plusieurs jours, l’ex-président aurait demandé à la fin du mois de janvier 2017 (deux semaines seulement avant la passation de pouvoir) aux responsables du FBI, de garder l’enquête secrète et de mener les investigations sans mettre au courant la nouvelle administration républicaine. Si ces révélations étaient confirmées, il s’agirait d’une grave entrave à l’état de droit, alors même que c’est justement Barack Obama qui reprochait lors du blanchiment de Michael Flynn à l’administration Trump de mettre en danger l’indépendance de la justice.

C. R.

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