Nucléaire : La France, et le Monde…

Macron ou le tropisme européen :

Ce vendredi 7 février, Emmanuel Macron a tenu un discours à l’Ecole de Guerre à Paris, 60 ans après le début de cet exercice instauré par le Général de Gaulle. Un rituel annuel servi devant un parterre d’officiers, qui réaffirme la doctrine française en matière de défense et de dissuasion nucléaire.

Si les ambitions militaires sont en hausse, comme en témoigne la loi de programmation militaire 2019 -2025, qui implique notamment une modernisation de la Marine. Le chef de l’Etat aspire à un débat des Européens sur le rôle de la dissuasion nucléaire française, invoquant le « dialogue stratégique » avec les partenaires européens qui y sont prêts, afin d’assurer une sécurité collective. En effet, la France apparaît comme le seul pays de l’Union Européenne à affirmer son leadership, depuis le tout récent retrait du Royaume-Uni.

« Notre force de dissuasion nucléaire demeure, en ultime recours, la clé de voûte de notre sécurité et la garantie de nos intérêts vitaux. » Le Président Emmanuel Macron a également précisé le nombre d’ogives nucléaires que la France possède, nombre s’élevant à un peu moins de 300, dont près de 280 actives, plaçant la France au troisième rang mondial.

Un tel discours n’a pas suscité d’engouement au siège des institutions de l’UE. En Allemagne, pays le plus peuplé de l’Organisation européenne, les principaux protagonistes politiques, bien que divisés, restent prudents et attendent d’en savoir plus. En effet, pour l’heure, aucune proposition concrète ou précise n’a été posée sur la table, à travers ce message abscons. Rappelons qu’à titre individuel, les Allemands sont interdits de détenir l’arme suprême à cause de leur passé de guerre, expliquant aussi pourquoi ils ne disposent pas de siège permanent au Conseil de Sécurité des Nations Unies (ONU).

Etat des lieux de l’arsenal français : combien cela coûte-t-il ?

En 1954, le programme nucléaire français est lancé sous la volonté du gouvernement de Pierre Mendès France, ce dernier alors Premier ministre et chef de l’Etat. Cette décision amène la France à obtenir la bombe six ans plus tard, après un essai réussi dans le Sahara (Sud de l’Algérie) à la date du 13 février 1960, il y a 60 ans jour pour jour. Le stock national grimpa jusqu’à plus de 500 ogives dans les années 90, s’amoindrissant depuis. 

Les bombes sont contenues dans des missiles (portés sous-marins / air-sol par les avions de chasse), ou bien sur des bases militaires. On distingue alors la force océanique, dirigée par la Marine Nationale, de la force aérienne, par l’Armée de l’air.

La majorité des munitions se concentre dans des submersibles, appelés SNLE (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins), et basés à l’île de Longue, près de Brest. Au nombre de 4, ils font partie intégrante de la classe Le Triomphant, qui tire son nom de la tête de série mise en service en 1997, alors que son dernier cadet commence à opérer en 2010. C’est la deuxième génération française de ce type d’engins, qui voit en permanence au moins trois de ses navires en opération maritime.

Néanmoins, ces pièces ne sont pas à confondre avec les SNA (sous-marins nucléaire d’attaque), qui sont à propulsion nucléaire, mais qui n’embarquent pas de missile atomique. Ces derniers sont destinés à des missions de protection, de renseignement, et de projection de puissance. On en compte six en France.

Quant au coût, que la dissuasion demande-t-elle ? Il ne cesse d’augmenter, au vu des transformations techniques, et dépasse la barre des 4 milliards d’euros annuels, soit 10 % du budget du ministère de la Défense. Les projections faites par le Ministère des Armées évaluent la charge à plus de 6 milliards vers 2025, avec un armement nucléaire modernisé (missiles de meilleure portée…), sans compter la nouvelle génération de SNLE qui devrait être lancée vers 2030… On peut dès lors s’interroger sur le bien-fondé de ces pratiques, alors que l’Etat français ne semble pas être en menace de guerre avec des acteurs équivalents, la Chine et les Etats Unis se disputent le leadership mondial. Alors, volonté exacerbée de puissance, ou bien manque de raison ?

La force atomique dans le monde :

Expérimentée en temps de guerre (1939 -1945) dans le cadre du projet Manhattan, par recommandation du grand scientifique Albert Einstein qui écrivit au président Franklin Delano Roosevelt, la bombe atomique fut utilisée pour la première et unique fois par les américains sur les villes japonaises d’Hiroshima et Nagasaki, les 6 et 9 août 1945, entraînant la capitulation totale des forces de l’Axe. Elle a depuis fait l’objet d’un développement international, car étant une arme de destruction massive, la plus importante de ce type à ce jour, elle est un instrument essentiel de puissance. C’est pourquoi neuf Etats du monde s’en sont déjà dotés. L’URSS l’acquit en 1949, de quoi consolider son régime et tenir tête à la « puissance rivale ». Le Royaume-Uni prit le pas en 1952, suivi de la France en 1960, puis de la République populaire de Chine en 1964. Ces cinq puissances évoquées sont les membres permanents du Conseil de Sécurité à l’ONU, et les seules à ce jour dont l’obtention de cette arme est rendue légale par l’ONU.

Par ailleurs, des pays comme l’Inde, le Pakistan, Israël ou encore la Corée du Nord détiennent des « têtes » atomiques, sans que cela ne soit reconnu par le droit international. Et dans le cas d’Israël, l’Etat n’a jamais admis, ni démenti la possession d’ogives, qui est de fait non officialisée. Il y a aussi quelques pays qui ont mené un programme nucléaire avec succès, obtenant des « têtes », mais ayant démantelé leur arsenal, à la faveur du TNP (Suède), ou bien d’une volonté politique quelconque (Brésil, Afrique du Sud…).

L’apogée nucléaire fut atteinte en 1986, avec plus 64 000 armes nucléaires détenues. En 2018, nous en sommes à plus de 14 500 unités… Il est bon de savoir que l’arme est aussi hébergée dans certains pays non-détenteurs, dans le cadre d’un programme organisé par l’OTAN, à la faveur d’un accord de partage nucléaire. C’est ainsi que l’Allemagne, la Belgique, l’Italie, les Pays-Bas, et la Turquie accueillent sur leurs sols ces armes, bien qu’ils n’en n’aient la maîtrise.

La décélération mondiale fut permise par le TNP (Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires). Instauré en 1968 en plein paroxysme de la Guerre froide, afin d’éviter que d’autres pays se dotent de l’arme, il réunit actuellement la signature de 189 Etats dans le monde, à l’exception de quelques cas comme l’Inde, le Pakistan, Israël qui n’y ont jamais adhéré, ou encore la Corée du Nord qui s’en est retirée en 2003, ne cachant pas ses ambitions militaires. Son application est garantie par l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), qui rend un rapport annuel à l’Assemblée générale des Nations Unies, ou encore au Conseil de Sécurité de l’ONU lorsque que ce dernier lui demande.

À l’heure actuelle, la Russie de Vladimir Poutine et les Etats-Unis possèdent plus de 90 % du stock mondial, dont une dizaine de SNLE chacun. Malgré la diminution de l’arsenal mondial, ou encore le renoncement de certains pays à leurs unités, il n’en demeure que des « puissances atomiques » ne sont pas encore reconnues, et que l’Iran poursuive les travaux de son programme, sous l’égide de l’accord de Vienne passé en 2015, dont les Etats-Unis se sont depuis retirés, suite à la décision de leur Président Donald Trump.

L’ICAN (Campagne internationale pour l’abolition des armes nucléaires), coalition d’ONG, et lauréate du prix Nobel de la paix en 2017, déclare : « De plus, une quarantaine de nations possèdent désormais des réacteurs nucléaires, ou des réacteurs d’étude, pouvant être détournés de leur usage civil, afin de produire des armes. »

C’est dire si le sujet n’est pas refermé…

RD

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