À un mois des élections municipales, de nombreuses municipalités communistes font l’objet de la convoitise de plusieurs partis ou alliances politiques, à droite comme à gauche. Le communisme municipal va-t-il encore céder du terrain à l’occasion de ces élections ? Ou bien, peut-il espérer se renforcer, ou au moins conserver la plupart de ses fiefs ?

Qu’appelle-t-on le « communisme municipal » ?

Ce qu’on désigne depuis l’après-guerre comme le « communisme municipal », c’est l’implantation dans un certain nombre de villes, en particularité dans la petite couronne parisienne, de mairies communistes qui vont avoir pour objectif principal d’améliorer le bien-être des classes populaires. Cela va se concevoir par une politique de proximité axée sur la culture et l’école, notamment par le biais du développement d’équipements collectifs, sportifs ou culturels. Se développe alors un lien entre la fierté ouvrière et l’appartenance à un territoire dans le cadre du communisme municipal, lien de plus en plus menacé par la tertiarisation de tous les territoires et la désindustrialisation. Ces municipalités communistes vont se distinguer, jusqu’à aujourd’hui, par des politiques culturelles particulièrement ambitieuses, ainsi que par la mise en place précoce de certains mécanismes de démocratie participative.

Le communisme municipal est donc une notion intrinsèquement liée à des territoires particuliers, dont l’exemple le plus typique est probablement le département du Val-de-Marne. Celui-ci a été créé en 1964 par le Général De Gaulle qui voulait circonscrire ainsi la domination communiste à un territoire plus restreint – c’est ce que les anglo-saxons appellent le « gerrymandering », le redécoupage électoral en fonction des intérêts politiques. Cela permettait de préserver les Hauts-de-Seine de l’influence communiste.

Un long déclin depuis les années 1980

Pour l’ancien membre de l’appareil dirigeant du PCF et historien Roger Martelli : « Il y a une rétractation générale de l’implantation communiste dans le milieu urbain et métropolitain. Ça s’est fait par vagues. À son apogée en 1977, le parti gérait 1500 villes représentant 8 millions d’habitants ». Parmi ces municipalités gérées par les communistes, 54 villes de la petite couronne et 72 villes de la grande couronne.

Le déclin du communisme municipal s’amorce avec les élections municipales de 1983,alors que le parti communiste participe au gouvernement ; les résultats sont médiocres pour l’ensemble de la gauche. Néanmoins, le PCF conserve à peu près le même nombre de municipalités ; mais ses scores faiblissent nettement dans les plus grandes villes.

Avec le temps, il a fallu composer avec les forces de gauche concurrentes, socialistes et écologistes. Le département du Val-de-Marne est géré depuis longtemps en partenariat avec ces nouvelles forces politiques. En effet, les scores du PCF reculant à chaque nouveau scrutin, il a été nécessaire de s’allier à d’autres partis politiques. À la veille des élections de 2014, le parti communiste gérait déjà deux fois moins de villes qu’en 1977, dont seulement 28 villes de plus de 30 000 habitants.

Le PCF à l’approche des élections municipales de 2020

Le communisme municipal en 2020, c’est encore 661 maires et environ 6700 élus selon les chiffres fournis par l’Association nationale des élus communistes et républicains (ANECR), bien que certains d’entre eux ne soient que des sympathisants communistes, pas formellement intégrés au PCF. Le parti communiste dirige encore le conseil départemental du Val-de-Marne – le dernier en France – et les communes d’Ivry-sur-Seine (62 000 habitants) ; Vitry-sur-Seine (93 000 habitants) ; Gentilly (18 000 habitants) ; Champigny-sur-Marne (77 000 habitants) ; Bonneuil-sur-Marne (18 000 habitants) ; Chevilly-Larue(19 000 habitants) ; Choisy-le-Roi (45 000 habitants) ; Fontenay-sous-Bois (52 000 habitants) ; Valenton (14 000 habitants) et Villeneuve-Saint-Georges (33 000 habitants). Il est fort probable que la majorité de ces municipalités restent aux mains des communistes grâce à la faiblesse et la désorganisation des partis de gauche. Les fiefs communistes sont donc encore nombreux, mais plusieurs risquent de tomber aux mains du Rassemblement National ou de listes d’union de gauche et des écologistes.

Le RN est inexistant dans le département du Val-de-Marne, mais d’autres partis peuvent s’opposer à l’hégémonie communiste. En 2014, une alliance surprenante entre la droite et les écologistes avait réalisé l’exploit de ravir la mairie de Villejuif (54 000 habitants), alors que les mairies de Saint-Ouen et du Blanc-Mesnil échappent également aux communistes. C’est désormais la maire d’Ivry-sur-Seine qui est la cible d’une alliance EELV-PS-FI particulièrement menaçante : le maire sortant Philippe Bouyssou devra y affronter la tête de liste écologiste Sabrina Sebaihi pour tenter de conserver ce fief détenu depuis 1925. Une alliance du même type s’est formée pour prendre la ville de Gentilly.

Si l’on sort de la grande couronne parisienne et que l’on s’intéresse un peu à la province, on s’aperçoit que d’autres municipalités risquent de sortir du communisme municipal. Dans la région lyonnaise, la commune de Givors est une cible privilégiée du Rassemblement National qui pourrait bien la ravir au PCF en cas de triangulaire. De la même manière, les Républicains espèrent prendre la ville de Vénissieux.

C. R.

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