La Mort de Ruth Bader Ginsberg : le reflet  de deux Amériques irréconciliables

La juriste et avocate Ruth Bader Ginsburg, doyenne de la Cour Suprême américaine, est décédée le 18 septembre 2020, des suites d’un cancer. 

C’est un véritable émoi qu’a suscité la disparition de «Notorious RBG», comme elle se faisait surnommer. Très appréciée parmi l’électorat démocrate américain, Ruth Bader Ginsburg incarne depuis le début des années 1970 une icône du progressisme américain, en particulier du féminisme. Son combat naît du fait qu’elle-même ait subi des discriminations sexuelles notamment lors de son entrée sur le marché du travail. Sortie majeure de l’Université de Colombia en droit, elle se voit refuser toutes ses demandes d’emploi en cabinet. Ceci l’amènera à se spécialiser sur les questions des discriminations selon le genre et elle plaidera en faveur de l’égalité salariale entre les hommes et les femmes, du droit à l’avortement ou encore du mariage pour tous, jusqu’à devenir en 1993 la deuxième femme à être nommée à la Cour Suprême. 

Mais si la mort de «RBG» suscite un tel remous aux États-Unis, c’est aussi parce qu’elle bouleverse totalement la campagne présidentielle qui doit avoir lieu dans 45 jours. Effectivement, suite à sa mort se pose la question de sa succession à la Cour Suprême, qui est une décision prise seulement par le président des États-Unis, sous réserve que le Sénat l’approuve. 

«The Constitution is what the Supreme Court says it is» (C.E. Hughes), autrement dit, c’est la Cour Suprême qui interprète la Constitution. 

La Cour Suprême, dont le rôle est de s’assurer de la constitutionnalité des lois, est une institution très importante. Derrière leur robe noire, les neufs juges de la Cour Suprême détiennent l’équivalent français du pouvoir du Conseil Constitutionnel, du Conseil d’État et de la Cour de cassation. Étant nommés à vie et étant les garants du bon fonctionnement de la vie démocratique aux États-Unis, les juges comptent parmi les personnages les plus puissants d’Amérique. La nomination d’un juge à la Cour Suprême n’a donc rien de banal et c’est un rôle pris très à cœur par les présidents américains puisque cela leur permet de laisser derrière eux un membre de leur parti dans une institution prépondérante de la vie démocratique et politique. Donal Trump a donc évidemment tout intérêt à nommer au plus vite un nouveau juge issu de son parti conservateur afin de creuser l’écart à la Cour – composée avant la mort de «RBG» de cinq juges républicains, et de quatre juges démocrates. 

La mort de Ruth Bader Ginsberg ; la polarisation de l’Amérique reflétée

Mais il y a controverse. Les démocrates soutiennent qu’il faut attendre l’élection du nouveau Président pour procéder à la nomination d’un nouveau juge. Un cas similaire avait déjà eu lieu pendant le mandat de Barack Obama, lorsqu’un juge décéda à 237 jours de la future élection américaine. À ce moment-là, de nombreux républicains avait souligné que le choix du nouveau juge revenait au successeur d’Obama. Or, cette fois-ci la question se pose à seulement 45 jours des présidentielles. C’est donc une véritable guerre de succession qui se livre à l’aube des élections, d’autant plus que le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnel, a aussitôt lancé les hostilités en faisant savoir que le(la) candidat(e) proposé(e) par le Président Donald Trump recevrait le soutien des républicains au Sénat. 

Donald Trump pourrait bien tirer parti de la situation puisque la question de la succession de Ruth Bader Ginsberg semble avoir enterré la campagne présidentielle. En effet, ce ne sont plus les programmes politiques qui seront l’objet principal des intentions de votes, mais la fidélité partisane. Chaque électeur se posera la question : pour qui voter afin d’avoir un juge qui corresponde à mes idées ? 

Ainsi, si le démocrate centriste Joe Biden aurait pu espérer convaincre avec son programme une partie de l’électorat républicain déçu de la gestion de la crise du coronavirus aux États-Unis, il semble que la mort de Ruth Bader Ginsburg rabat les cartes. Désormais, peu importe si le programme de Trump déplaît, les républicains lui accorderont sûrement leur vote dans l’optique de voir un juge conservateur être nominé à la Cour Suprême, et vice-versa pour les démocrates et Joe Biden. Polarisée plus que jamais, la campagne présidentielle s’annonce très spéciale… 

Louis Brand

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