Manuel Valls de retour sur la scène politique française ?

Candidat malheureux à la primaire de la gauche en 2016, l’ancien Premier ministre Manuel Valls avait dû se contenter d’un poste de député à l’issue des élections législatives de 2017. Néanmoins, sa combativité et son ambition l’ont conduit à quitter son siège de député de l’Essonne le 25 septembre 2018 pour traverser les Pyrénées en allant briguer la mairie de Barcelone. Il se lance alors avec Ciudadanos, parti de centre-droit libéral et progressiste mais surtout opposé à l’indépendance de la Catalogne, et finit quatrième avec 13,2 % des voix. Depuis, il s’était visiblement satisfait de son poste de conseiller municipal de la capitale catalane, et avait plus ou moins disparu de la vie politique française jusqu’au début de l’année 2020, où il refait surface en multipliant les prises de parole, notamment en faveur du gouvernement.

Dans un entretien accordé au Parisien et publié le 28 février, il évoque clairement un éventuel retour sur la scène politique française. Il a par ailleurs pris position récemment sur des sujets de société qui lui tenaient à cœur lorsqu’il était Premier ministre, par exemple en signant le mercredi 4 mars une tribune contre l’antisémitisme et l’antisionisme publiée dans Le Figaro. C’était en effet l’un de ses sujets de prédilection qu’il avait défendu avec virulence en tant que ministre de l’Intérieur puis Premier ministre, notamment dans le cadre de son opposition aux spectacles de Dieudonné. Dans un entretien sur RTL le 19 février, il apporte son soutien au plan de lutte contre le séparatisme islamiste présenté la veille par Emmanuel Macron. Durant son mandat de Premier ministre, il avait effectivement été extrêmement ferme sur tous les sujets liés à la laïcité, à l’islamisme et au communautarisme. Au passage, il a également justifié le recours à l’article 49-3 par l’exécutif, article qu’il avait lui-même utilisé à six reprises durant son mandat.

Il affirme globalement son soutien au Président de la République, qu’il a rejoint dès 2017. S’il admet que ses relations avec Emmanuel Macron étaient glaciales jusqu’à sa victoire aux législatives, Manuel Valls assure qu’elles se sont largement améliorées depuis. Désormais, l’ancien chef du gouvernement de François Hollande confie avoir de bonnes relations avec le Président ainsi qu’avec Richard Ferrand, le président de l’Assemblée nationale, ou encore le chef du groupe LREM à l’Assemblée, Gilles Le Gendre. Il est aussi proche de certains membres du gouvernement actuel, comme Jean-Michel Blanquer ou son ancien ministre de la Défense, Jean-Yves le Drian.

Certains observateurs interprètent ses prises de positions répétées en faveur du gouvernement comme un message au Président, dans l’objectif plus ou moins explicite d’intégrer le gouvernement lors d’un éventuel remaniement. On s’attendrait logiquement au portefeuille de l’intérieur, qui avait été le sien de 2012 à 2014, ou à un autre ministère régalien. L’ancien Premier ministre pourrait en effet se révéler utile au gouvernement, puisque sa ligne de défense de la laïcité et sa fermeté sur le sujet de l’islamisme permettraient de contester à la droite et l’extrême droite le monopole de ces sujets, qui pourtant inquiètent un nombre croissant de français selon les enquêtes d’opinion. Mais d’un autre côté, un remaniement ministériel portant un message trop autoritaire et régalien, et ainsi relativement éloigné des sujets socio-économiques, serait un message peu efficace pour reconquérir les électeurs de gauche. Mais comme l’a expliqué Manuel Valls lui-même, seul le Président de la République pourra trancher ce dilemme.

C. R.

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