Lycées, Universités : 84% d’étudiants du public insatisfaits par la gestion de la crise coronavirus 

Introduction du sujet :

Depuis plus de deux mois, le coronavirus paralyse la France de manière inédite. C’est la première fois qu’une mesure de confinement est prise en temps de paix. L’objectif est de limiter les contacts humains, puisque comme l’a justement rappelé Bruno Salomon, directeur général de la santé, « Le virus ne circule pas en France. Ce sont les hommes et les femmes qui le font circuler. » Le confinement endigue la propagation du virus.

Afin de protéger les plus jeunes et ceux qu’ils pourraient contaminer, Emmanuel Macron a annoncé le 12 mars la fermeture des crèches, écoles, collèges, lycées et universités, et ce jusqu’à nouvel ordre. Cette décision, bien qu’attendue en vue de la situation sanitaire, a mis à l’épreuve l’Éducation Nationale ainsi que l’Enseignement Supérieur. La poursuite de l’apprentissage par le biais de la continuité pédagogique a été privilégiée, et des outils tels que les espaces numériques de travail (ent) ont été adaptés pour recevoir des millions d’élèves. Cependant, tous n’ont pas accès à un ordinateur ou une connexion stable, voire ne vivent pas dans des conditions propices à la concentration et au travail. Cette situation a engendré une rupture d’égalité et l’Éducation Nationale s’est vue impuissante. De plus, les élèves de troisième, première, terminale et les étudiants en postbac ont été particulièrement impactés, dans la mesure où ils ont des examens prévus en fin d’année. En effet, les modalités de validations des semestres et années ont été chamboulées par le confinement. Ces années sont charnières et il n’a jamais été question de les valider automatiquement. Puisqu’il est impossible de rassembler des dizaines d’élèves dans des classes ou amphithéâtres sans aggraver la situation sanitaire, des solutions ont dû être rapidement trouvée par le gouvernement. Une autre question qui fait débat est la réouverture des écoles avant les vacances d’été. Emmanuel Macron a affirmé sa volonté de rouvrir les écoles, collèges et lycées le 11 mai, date de fin du confinement. Pourtant, cette information a été partiellement contredite le lendemain matin par le ministre de l’Éducation Nationale, Jean-Michel Blanquer, qui a déclaré que la réouverture serait partielle et progressive. Une semaine plus tard, une réouverture sur la base du volontariat a été évoquée. 

Le gouvernement tâtonne, tente de prendre des mesures mais est tiraillé entre la volonté de poursuivre l’enseignement et de lutter contre la crise sanitaire, au détriment des élèves et étudiants, toujours pas fixés sur le déroulement de leur année.

Présentation du contexte de crise

  • Début du confinement : 17 mars 2020. Date de fin : prévue le 15 avril, mais va être repoussée par Emmanuel Macron ce soir.
  • Adresse à la nation d’Emmanuel Macron le 12 mars 2020 : annonce entre autres que toutes les crèches, écoles, collèges, lycées, et universités seront fermées à partir du lundi 16 mars et jusqu’à nouvel ordre.
  • Justification du confinement et de la fermeture des écoles par Jérôme Salomon, directeur général de la santé, le 14 mars 2020 : « Le virus ne circule pas en France. Ce sont les hommes et les femmes qui le font circuler ». Confiner la population permet d’endiguer la propagation du virus. Les lieux d’éducations étant des lieux regroupant des centaines de personnes, ils doivent être fermés.
  • La prolongation du confinement et l’arrêt des cours posent des questions quant à la tenue des examens nationaux (Brevet des collèges, Baccalauréat, Partiels), quant à l’avenir de la plateforme Parcoursup, …

Les Mesures mises en place par le ministère de l’Éducation Nationale et le ministère de l’Enseignement Supérieur

  • Service d’accueil pour les enfants des personnels soignants et médico-sociaux indispensables à la gestion de la crise. Il va de la petite section à la 3ème. Le service est ouvert à partir du 16 avril et a été étendue progressivement à d’autres personnes indispensables à la gestion de la crise sanitaire. Les enfants sont accueillis dans les établissements scolaires. Les enfants sont regroupés par groupes de 5 maximum pour les enfants de moins de 6 ans, et 10 maximum pour les autres pour les autres. Ils alternent entre périodes en classe et période dehors pour aérer et désinfecter les classes.
  • Le ministère de l’éducation nationale a fait savoir sa volonté de maintenir une continuité pédagogique pour maintenir un contact régulier entre l’élève et ses professeurs. En plus, la continuité pédagogique peut s’appuyer sur la plateforme pédagogique du CNED et les espaces numériques de travail – les ENT – (Pronote, École directe, etc.) 
  • Opération « Nation apprenante » lancée par le ministre de l’Education nationale et de la Jeunesse le 18 mars : proposition d’émissions en liens avec les programmes scolaires diffusés sur différents médias audiovisuels, dans la presse écrite nationale et régionale ainsi que sur des plateformes éducatives.
  • Les élèves et étudiants logés en internat doivent dans la mesure du possible retourner à leur domicile. Ils doivent aussi bénéficier de la continuité pédagogique.
  • Pour le Diplôme National du Brevet : Les élèves de 3ème sont évalués sur la base du livret scolaire, qui permet de certifier la maîtrise du socle commun de connaissances, de compétences et de culture. En temps normal, le livret représente déjà 50% de la note au DNB. Les notes obtenues suites aux évaluations passées pendant le confinement ne comptent pas pour l’obtention du diplôme pour de pas rompre la condition d’égalité de traitement entre les candidats. L’épreuve orale qui porte sur la soutenance d’un projet que l’élève a suivi n’aura pas lieu, dans la mesure où certains n’ont pas pu mener à bien leurs projets.
  • Pour les élèves de première générale ou technologique : il y a plusieurs conséquences. Tout d’abord, pour ce qui est de l’épreuve anticipé de français, les épreuves écrites sont annulées. La note à cette épreuve sera la moyenne des notes obtenues au cours de l’années en français. Les épreuves orales de français sont maintenues. L’oral portera sur minimum 15 textes en voie générale et 12 textes en voie technologique, et aura lieu du 26 juin au 4 juillet. Ensuite, pour ce qui est des épreuves communes de contrôle continu (E3C), comme pour l’épreuve de français, toutes les épreuves écrites sont annulées. La note du bac dans les matières concernées sera égale à la moyenne des E3C1 et E3C3, qui sont les deux autres épreuves de contrôles continu qui se déroule en 1ère et en terminale. De même que pour le brevet, les notes obtenues pendant la période de confinement ne rentreront pas dans le livret scolaire, pour les mêmes conditions évoquées précédemment.
  • Pour les élèves de terminale générale ou technologique : les épreuves terminales du baccalauréat sont annulées. Les épreuves seront validées sur le fondement du livret scolaire. Un jury d’examen appréciera les notes définitives, mais également la progression de l’élève, les efforts relevés par le conseil de classe et l’assiduité. Les notes des épreuves anticipés en première sont maintenues. Les élèves qui auraient entre 8 et 9,9 de moyenne pourront accéder aux oraux de rattrapage entre le 8 et le 10 juillet. Un travail d’harmonisation sera effectué pour respecter l’égalité de traitement entre les candidats.
  • Pour les élèves en lycée professionnel : Pareil que pour les élèves en voie générale ou technologique : bac annulé, note en fonction du livret, rattrapages possibles. S’ils avaient passé dans l’année des CCF (contrôles en cours de formation), les notes obtenues sont conservées. Il faudra qu’ils aient effectués au moins 10 semaines de période de formation en milieu professionnel (PFMP) sur l’ensemble de la scolarité pour l’obtention du baccalauréat.
  • Pour les élèves en BTS : les épreuves terminales sont annulées. Les notes obtenues dans le cadre du CCF demeurent acquises et pour les autres notes, elles seront calculées en fonction de la moyenne des notes de l’année.
  • Pour les élèves de terminale et les étudiant en réorientation, la plateforme Parcoursup est maintenue et n’est pas beaucoup modifiée. Les vœux devaient être saisi avant le 12 mars à 23h59 et confirmés avant le 2 avril 23h59. Exceptionnellement, un numéro vert a été mis en place pour aider les élèves.
  • Pour les étudiants à l’Université : La ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal a priorisé la continuité pédagogique sous toute ses formes. Les formations doivent poursuivre leurs activités en e-learning. « Tous les établissements d’enseignement supérieur sont mobilisés pour accompagner au mieux les étudiants et leur proposer des modalités de poursuite de leurs formations à distance. »
  • Un autre objectif majeur du ministère : aider les étudiants en situation précaire. Pour cela, une partie de la contribution de vie étudiante et de campus (CVEC) qui représente 139 millions d’€ sera utilisée pour répondre aux besoins matériels et quotidiens les plus urgents des étudiants. Cette aide est accompagnée d’un déblocage de 10 millions d’euros supplémentaire dédiés aux aides spécifiques d’urgences attribuées par le CROUS.

Conséquences générales des mesures sur la vie lycéenne et étudiante

La vie lycéenne et étudiante est véritablement chamboulée, et ce de manière inédite.

Cette crise fait ressortir les inégalités entre les élèves et étudiants. L’objectif annoncé de continuité pédagogique n’est possible que si l’élève ou l’étudiant est doté chez lui d’un ordinateur et d’une connexion internet stable. Plusieurs problèmes se posent. Certains n’ont pas d’ordinateurs, ou en ont un par famille, ce qui rend impossible la continuité pédagogique pour tous les membres de la famille. D’autres vivent dans des zones où la connexion internet est très instable et rend la continuité difficile. Il y a également des élèves qui vivent dans des conditions qui ne sont pas propices à l’apprentissage dans de bonnes conditions. Cela pose le problème de la rupture de la condition d’égalité. Des élèves peuvent plus facilement continuer leurs apprentissages que d’autres. C’est pour ce motif que des universités ont décidé de suspendre la continuité pédagogique.

Pour les étudiants, il y a eu une période de vide d’information, qui persiste encore aujourd’hui pour certains. En effet, contrairement aux élèves au collège et au lycée, les étudiants dans les universités n’ont pas eu autant d’informations de la part du ministère. Ce ne sont pas des consignes universelles qui ont été données, donc chaque université choisit le mode d’évaluation qu’elle souhaite. 

De nombreux mécanismes de maintien de la continuité pédagogique ont pu être mis en place dans les établissements d’enseignement supérieur, afin d’assurer la pérennité des cours ainsi que de trouver une solution pour que les étudiants puissent avoir un minimum de notes. Tout ce processus dans le but de valider leur année, qu’il s’agisse d’avoir recours au contrôle continu ou de proposer des épreuves à distance (avec les ajustements qui s’imposent pour limiter la triche, comme le raccourcissement de la durée des épreuves). Tous ces mécanismes, tels qu’ils sont généralement présentés par les établissements, paraissent hautement efficaces et prétendent répondre de manière optimale aux contraintes imposées par le confinement. Mais qu’en est-il de la satisfaction des étudiants ? Ceux-ci peuvent avoir plusieurs attentes et inquiétudes :

  • Pour ceux qui effectuent des études courtes et professionnalisantes (en deux ou trois ans), la durée du confinement impose une coupure dommageable dans leur apprentissage, puisque relativement aux étudiants qui font des études longues, les conséquences du confinement concerneront une séquence plus importante de leurs études ; d’autre part, les mesures de « continuité pédagogique » peuvent être plus difficiles à mettre en place étant donné l’aspect professionnalisant de l’enseignement.
  • Pour les étudiants devant effectuer un stage, particulièrement les étudiants en deuxième année de Master, le problème dépasse malheureusement le domaine de compétences des établissements, et il semble difficile de faire autrement que de repousser les stages. Il existe chez de nombreux étudiants un sentiment d’abandon face à cette impuissance de l’administration.
  • Il semble impossible de mettre en place des examens de fin de semestre avec les contraintes liées au confinement. Si certains établissements ont décidé de les annuler – au moins en partie

pour ne compter que les notes du contrôle continu, 

  • D’autres ont décidé d’assurer des partiels dématérialisés. Les étudiants devront donc composer leurs examens depuis chez eux et les envoyer par mail ou les déposer sur une plateforme à horaire convenu. Afin de limiter les tentations de tricheries, la durée des épreuves est parfois écourtée, et des outils informatiques sont mis en place pour éviter le plagiat. Néanmoins, il semble illusoire de penser pouvoir empêcher totalement la triche dans de telles conditions. Cela peut être inquiétant pour certains étudiants, notamment pour les étudiants soucieux d’avoir un dossier solide afin de postuler dans tels masters ou écoles sélectifs, puisque leurs notes du semestre seront de toutes manières dévalorisées. Si la situation était la même dans tous les établissements, cela ne poserait pas réellement de problème puisque tous les étudiants seraient confrontés au même écueil, mais ce n’est pas le cas.
  • Pour les étudiants ayant déjà des difficultés héritées de leur origine socio-culturelle, il est évident que l’enseignement à distance comporte un risque important de décrochage.
  • Les inégalités d’accès à internet et de maîtrise des outils informatiques se sont très largement amoindries ces quinze dernières années. Il serait cependant exagéré de dire qu’elles sont inexistantes : au sein d’un même foyer, il peut n’y avoir qu’un seul ordinateur pour deux ou trois étudiants, ce qui peut poser problème étant donné la superposition des cours en visioconférence. D’autre part, on peut évoquer les inégalités de connexion réseau.

Pourtant, au sein des établissements privés, seuls 37 % des étudiants estiment que l’administration a mis en place des mesures efficaces de limitation de l’infection dès le début de l’épidémie. Ce chiffre est de 50 % pour les étudiants au sein des établissements publics. Ce n’est donc pas l’administration des universités qui est principalement fustigée par les étudiants, même si une grande partie d’entre eux n’est pas satisfaite, mais plutôt la gestion de l’enseignement supérieur par le gouvernement, jugée inadéquate par près de 84 % des étudiants des établissements publics. Mais alors comment expliquer que les étudiants des établissements privés soient davantage satisfaits de l’action du gouvernement, avec seulement 35 % le jugeant déficient ? Cette différence peut s’expliquer par plusieurs facteurs incluant la taille des établissements et leurs moyens techniques et financiers. Mais surtout, c’est le manque de flexibilité et d’adaptation dans les grandes universités publiques qui peut expliquer cette différence, en appliquant un traitement universel à des situations distinctes. On peut penser que les petits établissements privés, plus autonomes et efficaces, se sont adaptés plus facilement aux contraintes de la pandémie.

L’enquête d’opinion du journal 

I. Établissements privés 

Pour les étudiants venant d’établissement privé, 65% sont satisfaits de la continuité pédagogique mise en place dans leur établissement.

37% de ces étudiants estiment que leur établissement a mis en place des mesures efficaces contre le virus dès le début de l’épidémie et  63% pensent le contraire. 

Enfin 65,5% sont satisfaits de la gestion de la crise par le gouvernement en matière d’enseignement supérieur, 34,5% ne le sont pas. 

II. Établissements publics 

Pour les étudiants dans le public, 33% sont satisfaits de la continuité pédagogique mise en place par leur établissement et 67% ne sont pas satisfaits. La moitié estime alors que leur établissement a mis en place des mesures efficaces contre le virus dès le début, quand l’autre moitié pense l’inverse. 

Pour les étudiants dans le public, 16% sont satisfaits de la gestion de la crise par le gouvernement en matière d’enseignement supérieur, alors que 84% ne le sont pas. 

Notre interprétation: 

Dans l’enseignement supérieur privé, les étudiants semblent plus satisfaits de la continuité pédagogique mise en place par leur établissement, la tendance inverse semble se dégager dans l’enseignement public. 

Dans l’enseignement privé, une majorité d’étudiants interrogés estiment que leur établissement n’a pas mis en place suffisamment de moyens pour lutter contre le virus de façon efficace pour protéger les étudiants. En revanche dans le public, les étudiants interrogés sont indécis, les moyens mis en place et leur efficacité semblent variés d’un établissement à l’autre, l’appréciation de leur efficacité, d’un individu à l’autre. 

Dans l’enseignement privé, la majorité se dit satisfaite de la gestion de la crise sanitaire par le gouvernement en matière d’enseignement supérieur. C’est l’opinion inverse qui prévaut dans le public.

On doit néanmoins reconnaître aux pouvoirs publics le caractère inédit de la crise actuelle et la difficulté de faire face en l’absence d’expériences antérieures. La priorité absolue du gouvernement – et c’est légitime – est de rendre soutenable l’épidémie de Covid-19 pour le système hospitalier. 

Il s’agit avant tout d’atteindre des objectifs sanitaires : faire reculer le nombre de contaminés et le taux d’hospitalisation. Le fonctionnement des universités est bien évidemment subordonné à cet objectif – ce qui semble tout à fait logique –, mais le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication (NTIC) a atteint un point tel qu’elles devraient permettre d’assurer aux étudiants une certaine « continuité pédagogique » sans entrer en conflit avec les objectifs sanitaires.

A l’heure actuelle, le degré d’équipement technologique nous place dans une situation différente d’il y a 20 ans. On peut d’ailleurs souligner le caractère ambivalent de la technologie et du développement des réseaux mondialisés : ils ont permis au virus de se diffuser plus vite à l’internationale et au sein de chaque pays – avec la multiplication des transports de marchandises et de personnes –, mais ils permettent aussi d’apporter des solutions aux difficultés engendrées par le confinement, notamment en matière de télétravail et d’enseignement.

On se doit également de différencier la situation des étudiants du primaire et du secondaire d’une part, et des étudiants d’autre part. Ces derniers étant des adultes, les outils pédagogiques sont moins essentiels, mais ils restent néanmoins importants dans la mesure où ils sont un instrument d’égalité au regard des inégalités socio-culturelles entre les étudiants.

On observe une réelle divergence entre la satisfaction des étudiants des établissements publics et des établissement privés relativement à la qualité de la continuité pédagogique. Dans les établissements publics, près des deux tiers (66%) d’entre eux s’estiment insatisfaits de la continuité pédagogique mise en place par la structure d’enseignement, la jugeant lacunaire et désorganisée, là où ce n’est le cas que pour un tiers (35%) des étudiants au sein des établissements privés. 

Charlélie Rubenach

Foucalt Sechet 

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