L’indépendance de la Nouvelle Calédonie : une réalité ?

“Voulez-vous que la Nouvelle Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante?”, telle fut la question posée au peuple calédonien qui s’est exprimé pour 53,3% en faveur du non, et 46,7% en faveur du oui, ce 4 octobre 2020. 

A peine deux ans plus tôt, le 4 novembre 2018, les opposants à l’indépendance l’avaient déjà emporté avec 56,7% des voix, ce qui était alors une déception pour ceux qui avaient anticipé un score autour de 70%. Le oui à l’indépendance de l’archipel ne cesse de progresser comme le montre le dernier référendum, ce qui ne manque pas d’effrayer les partisans d’une Nouvelle Calédonie française. En effet, les indépendantistes réclament d’ores et déjà la tenue d’un troisième référendum, comme le prévoit l’Accord de Nouméa (1998). 

Avec un taux de participation de 85,7%, la question de l’indépendance a une nouvelle fois été très mobilisatrice, ce qui n’est pas surprenant car elle se pose déjà en Nouvelle Calédonie depuis plusieurs décennies, notamment depuis les “événements” des années 1980. 

Retour sur les “événements” des années 1980 en Nouvelle Calédonie

Ces évènements désignent la période de quasi-guerre civile entre 1984 et 1988 qui a opposé les deux camps calédoniens, marquée par la mort de plusieurs civils et gendarmes ainsi que la mise en place de l’état d’urgence. La revendication nationaliste Kanak – peuple autochtone mélanésien – propulsée par les idées de gauche de mai 1968, apparaît sur la scène politique calédonienne dès la fin des années 1970 avec la création du Front Indépendantiste mené par Jean-Mari Tjibaou. Il s’agit de faire valoir l’identité autochtone calédonienne comme indépendante de la France et des Caldoches et d’obtenir une représentation politique plus juste. 

C’est seulement en 1988 avec les accords de Matignon que la situation s’apaise, mais sans pour autant effacer les revendications indépendantistes qui ont continué de se développer. L’Accord de Nouméa, signé en 1998 et approuvé par le peuple à travers un référendum, tente d’apaiser durablement les tensions en reconnaissant la légitimité de tous les peuples habitant le “Caillou” et en prévoyant un transfert des compétences de la France vers la Nouvelle-Calédonie, hormis la défense, la justice, la monnaie et les affaires étrangères. Il y est aussi décidé que les calédoniens décideront du statut institutionnel de l’île en 2018 par voie référendaire. 

Une île multiculturelle 

Si la question de l’indépendance en Nouvelle Calédonie est si sensible, c’est parce que l’île regroupe une diversité ethnique très importante. Ainsi Jacques Chirac déclarait aux indépendantistes dans le contexte des années 1980 :  “Vous êtes chez vous mais nous sommes aussi chez nous car nous avons tous ici notre place dans un destin commun : Mélanésiens, Caldoches, venus de la vieille Europe, mais aussi Wallisiens, Tahitiens ou Asiatiques”. Malgré cette perception idéaliste d’unité calédonienne, le clivage ethnique et social se reflète encore bien et a été mis en avant lors des deux derniers référendums. En effet, si la province du Nord, majoritairement Kanak a largement soutenu l’indépendance (78,35% en 2018 et 84,27% en 2020), la province du Sud, concentrant l’activité économique et la population européenne, n’a jamais atteint les 30% de oui au référendum de 2018 et 2020.

Un avenir institutionnel encore très incertain pour la Nouvelle-Calédonie

Le Ministre des Outre-mer Sébastien Lecornu a reconnu des tensions politiques et envisage de se rendre sur place. Il rappelle cependant que l’Etat français doit rester impartial, principe inscrit dans l’Accord de Nouméa, même si la réalité est que “cette question binaire entre le oui et le non pour l’accession à l’indépendance ne répond pas à toutes les questions que se pose aujourd’hui la société calédonienne”. Le Président de la République a de son côté rappelé qu’un “troisième référendum est possible” et que “c’est à vos élus du Congrès de le décider”. L’Accord de Nouméa prévoit en effet la tenue de trois référendums si le résultat des deux premiers est négatif, à condition qu’un tiers du Congrès local le demande.  

Un troisième référendum pourrait donc avoir lieu en 2022, n’excluant pas la Nouvelle-Calédonie de gagner sa pleine souveraineté.

Un territoire convoité par plusieurs acteurs 

Les îles mélanésiennes, bien que souvent considérées comme en marge de la mondialisation, suscitent de plus en plus l’intérêt de nouvelles puissances, et notamment de la Chine. Cette dernière étend de façon assumée son influence dans le Pacifique, notamment à travers de l’aide au développement et des financements de campagnes électorales, ce qui inquiète les non indépendantistes calédoniens. L’Australie, première pourvoyeuse d’aide aux États mélanésiens reste cependant la principale actrice de la région, par sa proximité géographique et ses liens culturels. Elle suit de très près ce qui se déroule sur le « Caillou », et a toujours soutenu les luttes d’indépendances kanak, revendiquant le droit à l’autodétermination des peuples autochtones. 

Mais il est très peu probable que la Nouvelle Calédonie tombe sous les mains de l’Australie si jamais le oui à l’indépendance l’emporte un jour. En effet, les territoires d’outre-mer permettent à la France de contrôler la deuxième Zone Économique Exclusive (ZEE) mondiale, bénéficiant de ressources halieutiques non négligeables, donc ce sont des territoires qui comptent pour l’Hexagone. On peut s’imaginer que la Nouvelle-Calédonie et la France resteront liées, que ce soit par des liens économiques ou diplomatiques, même si l’île bénéficie d’une pleine souveraineté sur son territoire. Le Président Emmanuel Macron parlait ainsi de « destin commun » lorsqu’il évoquait l’avenir de l’île calédonienne et de la France : il s’agit « d’approfondir les différentes options qui s’offrent à la Nouvelle Calédonie et d’imaginer concrètement les solutions institutionnelles mais aussi politiques, économiques et sociales sur le chemin du destin commun ». 

Louis Brand 

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