L’Etat français à la rescousse d’Air France :

7 milliards mis « sur la table » :

Aujourd’hui, crise oblige, le secteur de l’aviation civile est presque paralysé, et c’est dans ce contexte que l’activité d’Air France se retrouve réduite à moins de 5 % de son offre habituelle. Pour pallier à ces pertes monumentales qui impactent le devenir de la firme, l’Etat français, par la voix de son ministre de l’Economie Bruno Le Maire, a annoncé « un soutien historique » à Air-France, de 7 milliards d’euros, afin d’éviter sa faillite. Détaillant qu’il se compose d’une part, de 4 milliards de prêts bancaires garantis à 90 % par l’Etat (PGE), et d’autre part, de 3 milliards de prêt direct de l’Etat, via une avance d’actionnaire.

 Le directeur général du groupe, Ben Smith, proclame alors à cette occasion : « une marque de confiance exceptionnelle dans notre avenir ». Sans oublier l’Etat hollandais, qui en tant qu’actionnaire important du groupe, à hauteur de 14,30 % des parts détenues (le même montant que l’Etat français), négocie en ce moment en vue d’une aide complémentaire, à hauteur de 3 à 3,5 milliards d’euros. Mais ce plan ne devrait pas être prêt avant quelques jours, voire quelques semaines.

Auditionnée mercredi au Sénat, Anne-Marie Couderc, qui préside le groupe Air France KLM, avait déclaré que l’annonce d’une aide massive était une question de jours. Elle avait vu juste car c’est ce vendredi, qu’à l’issue d’un conseil d’administration, l’Etat dévoila son plan pour sauver la compagnie aérienne nationale. D’ailleurs, pour faire face à l’urgence de la situation, les 7 milliards d’euros seront apportés à l’entreprise début mai. 4 milliards de prêts émanant d’un syndicat de 6 banques, accompagnés de l’avance actionnaire de 3 milliards, que Bercy ira puiser dans l’enveloppe des 20 milliards destinée aux opérations en capital, et votée dans le cadre de la dernière loi de finance rectificative.

Un feuilleton de plusieurs semaines :

Déjà mi-mars, le gouvernement avait clamé qu’il soutiendrait sa compagnie étendard. Et le 8 avril, Le Maire affirmait : « Ce n’est pas un coup de pouce dont va avoir besoin Air France, c’est un soutien massif de la part de l’Etat ». « Et Air France aura ce soutien massif de la part de l’Etat. Nous voulons à tout prix préserver la compagnie aérienne qui est un fleuron industriel français ».

 « Un besoin de liquidités est attendu au 3ème trimestre 2020 » reconnaissait mercredi Anne-Marie Couderc parce que, même si l’entreprise a une activité quasiment arrêtée, ses charges fixes (emprunts pour payer les avions, maintenance, coûts de personnel malgré le recours au chômage partiel…) restent énormes. C’est pourquoi le groupe perd 25 millions par jour. 

Ben Smith, de son côté, déclarait au Sénat mercredi : « Un scénario semble se dessiner qui pourrait être un retour au niveau d’activité de 2019 vers 2022 ». 

D’ailleurs, si l’Etat a mis du temps à actionner ce plan de sauvetage, c’est en partie parce qu’il a eu du mal à se coordonner avec les Pays-Bas, avec qui les relations sur la gouvernance du groupe sont souvent tourmentées, mais aussi à convaincre les banques françaises (deux d’entre-elles auraient manqué à l’appel), et internationales. L’Etat a dû d’ailleurs garantir les prêts à hauteur de 90 %, plutôt qu’à 70 %. Mais « L’implication des banques témoigne de leur confiance », indique une source proche du dossier.

Au passage, il est pertinent de dire que l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle ouvrira le 11 mai son trafic avec 3 villes françaises : Brest, Bordeaux, Montpellier, alors qu’à l’heure actuelle, il ne comporte seulement trois dessertes : Marseille, Nice, et Toulouse, qui servent au rapatriement des clients, mais aussi à la continuité territoriale du pays. Etant donné qu’Orly, « son voisin », est complètement fermé depuis le 31 mars. 

Une aubaine pour la transformation de l’entreprise :

En contrepartie de cet engagement considérable, Air France KLM est engagé à rendre deux copies : un plan économique, qui doit faire selon un proche du dossier, « l’une des compagnies les plus rentables de sa catégorie ». Quant au plan écologique, il sera abordé avec le plan de transformation du groupe, présenté en novembre, qui sera alors « accentué » dixit son directeur général.

Dans un entretien aux Echos rendu public ce samedi, Ben Smith dit vouloir « accélérer la transformation de sa firme « avec un impact social aussi réduit qui possible », avec pour première étape envisagée un plan de départs volontaires. Rappelons que la compagnie avait déjà l’ambition de réduire de 50 % son émission de CO2 à l’horizon 2030. Et dans cette perspective, la crise sanitaire que nous traversons est salutaire, car elle renforce les priorités à venir, c’est-à-dire la sauvegarde de notre environnement.

Il poursuit, de même : « Grâce à ce soutien de l’Etat, nous avons les moyens de passer la période la plus difficile des prochains mois, durant laquelle nos liquidités risquaient d’atteindre un niveau critique, et de continuer à opérer pendant 12 à 18 mois ». Tandis qu’actuellement, l’activité ne représente « plus que 2 à 3 % du programme normal d’un mois d’avril. », et qu’elle devrait retrouver son niveau initial « pas avant deux ans, peut-être même un peu plus », car la patience est de mise « avant la réouverture des frontières, mais aussi le temps qu’il faut à nos clients de revenir à nos avions. »

En tout cas, cette pause constitue « l’occasion de faire les réformes structurelles que certains de nos concurrents ont déjà réalisées. » Et il aura fallu attendre l’enrayement de la machine capitaliste pour en arriver là, car pour une fois, le long-terme gagne sur le court-terme.

Roméo Delphin

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