Pologne – L’expression “Ne jamais se prévaloir d’un droit acquis” semble remise au goût de jour. Autorisé et gratuit entre 1956 et 1993, l’accès à l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG) en Pologne avait ensuite été conditionné. Mais, de récents événements ont remis en cause son bien-fondé, alarmant les institutions européennes et mondiales.

Majoritairement catholique après la Seconde Guerre Mondiale et la chute du régime communiste, l’État argentin conclu un accord avec l’Église catholique en 1993 : une loi visant à limiter la pratique de l’avortement. Celui-ci est interdit, sauf dans trois éventualités : lorsque la grossesse est la conséquence d’un acte illégal (un viol par exemple), ou si le foetus rencontre des malformations graves, ou en cas de risque pour la santé ou la vie de la femme enceinte.

Malgré la présence de la gauche polonaise au pouvoir les années suivantes, celle-ci n’arrive toujours pas à faire face à l’opposition catholique et à réformer la loi. Cependant, le compromis de la loi de 1993 ne satisfait aucun des deux camps. En 2016, c’est un projet de loi disposant que la pratique abortive serait désormais passible d’une peine de prison – sauf à une condition – qui est présenté. Après des protestations populaires, celui-ci est rejeté. Mais en corollaire, aucune progression vers la légalisation totale de l’IVG n’est réalisée : en 2018, un texte législatif donnant le droit à l’interruption de la grossesse durant les trois premiers mois est rejeté par les députés.

Malgré les multiples cas médiatisés de femmes s’étant vu refuser le droit d’avorter légalement, la situation du pays semblait stationnaire. Mais un récent arrêt du Conseil Constitutionnel polonais est venu perturber cette stabilité. Par une décision du 22 octobre 2020, celui-ci affirme que l’avortement et ses conditions d’accès sont “inconstitutionnels”. Cette affirmation équivaut à l’interdiction de l’avortement, ce que les polonais ont vite compris.

La situation est désormais alarmante pour le pays : les manifestations par milliers se multiplient et les pétitions dépassent les frontières. Le sujet s’invite même dans les débats au Parlement européen.

La remise en question de ce droit acquis fait d’autant plus de bruit qu’elle intervient sur la scène internationale au moment où l’Argentine décide de légaliser l’accès à ce droit.

Argentine – Limité depuis une loi de 1921, l’avortement en Argentine n’était légal qu’en cas de viol ou de mise en danger de la femme enceinte. La forte présence de conservateurs et de l’Église catholique, bien qu’elle n’en soit pas reconnue comme la religion officielle, ne permettait pas de modifier sa législation. Depuis 2012, une femme enceinte devait déclarer sous serment avoir été violée ou risquer sa vie pour pouvoir avorter légalement.

C’est en 2018 que l’Argentine recule sur ses pratiques. Malgré le fait que son premier projet de loi soit rejeté, un second est présenté quelques mois plus tard. C’est en décembre 2020 que l’avortement est finalement légalisé, une victoire pour les femmes argentines, vivement critiquée par le Président du pays voisin :
“Je suis profondément désolé pour les enfants argentins, dont la vie peut être désormais fauchée dans le ventre de leur mère avec le consentement de l’État” – Jair M. Bolsonaro, le 30 décembre.

Mais quel avenir pour les femmes polonaises ? Est-il encore possible de se prévaloir d’un droit que l’on pensait acquis ? Les prochains mois de 2021 semblent annonciateurs, pour la Pologne et le reste du monde.

Christia Poirier – 06/01/21

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