Ce lundi 16 novembre, la Hongrie et la Pologne ont bloqué le plan de relance européen, en pleine deuxième vague de la pandémie de Covid-19.

Si les deux dissidents s’y sont opposés, ce n’est pas parce qu’ils refusent l’aide de Bruxelles pour faire face à la crise, mais parce qu’ils refusent la nouvelle condition pour toucher ces fonds européens de solidarité. En effet, le 21 juillet dernier, les Vingt-Sept ont négocié un plan de relance pour faire face à la crise sanitaire. Ce plan prévoyait 750 milliards et un budget pluriannuel de 1074 milliards d’euros. Mais les « État frugaux » (Suède, Autriche, Danemark, Pays-Bas) se sont montrés réticents envers ce plan fondé sur un endettement commun et le versement de fonds aux pays les plus touchés par la crise. Ainsi, le 5 novembre, les eurodéputés et le Conseil ont précisé que le versement des fonds de solidarités communautaires se fera à la condition sine qua non du respect de l’État de droit. La Hongrie et la Pologne, deux pays qui possèdent une santé démocratique de plus en plus inquiétante, ont usé de leur veto. Viktor Orban, le chef de l’exécutif hongrois déclarait : « Nous n’avons pas créé l’UE pour avoir une deuxième union soviétique ». Il dénonce ici l’atteinte à la souveraineté entraînée par cette mesure. La Pologne a rapidement rejoint le leader hongrois, alors qu’elle est une grande bénéficiaire des aides européennes.

Priver l’Europe entière de ses financements, alors qu’elle doit justement faire preuve de réactivité en pleine crise, semble relever du non-sens. Cette opposition hongroise et polonaise rappelle tristement que la solidarité européenne est fragile, et que l’Europe n’a une nouvelle fois pas su agir d’un commun accord lors de l’éclatement d’une crise. Ce blocage par les deux pays d’Europe centrale souligne aussi l’inefficacité des institutions européennes dans le processus de prise de décision. En effet, l’Europe peut – en application de l’article 7 – priver un État membre de son droit de veto, mais seulement à l’unanimité (moins la voix de l’État visé). Or, l’alliance entre Varsovie et Budapest empêche l’application cet article, car chacun s’opposera à la privation du droit de veto de l’autre, bloquant toute action de l’UE. Ce principe d’unanimité pose problème et est d’ailleurs pointé du doigt. Si l’Europe fût à ses débuts construites par six pays fondateurs, elle a aujourd’hui sensiblement grandi et rassemble 27 États membres. Le consensus est donc naturellement compromis, d’autant plus que l’UE ne comporte des pays qui n’ont ni la même santé économique, ni les mêmes intérêts.

Si certains sont partisans de retourner à une petite Europe, d’autres soulignent la nécessité d’utiliser le vote à la majorité dans plus de cas. Même si depuis l’introduction de la Politique Agricole Commune (PAC) en 1962 de plus en plus de vote se font à la majorité qualifiée, l’unanimité est encore nécessaire sur de nombreux sujets, notamment le budget annuel européen. Il suffit donc qu’un seul des 27 États membres pose son veto pour bloquer la prise de décision. Or, si l’Europe veut à nouveau pouvoir peser dans le jeu politique international, elle doit impérativement être plus efficace dans ses prises de décisions, et surtout agir de concert. Ce blocage par la Hongrie et la Pologne montre que la recherche de l’intérêt personnel prime encore sur la recherche du compromis et de l’unité.

Le projet européen est aussi sensiblement remis en cause par les gouvernements nationalistes des deux pays d’Europe centrale dans la mesure où ils refusent ouvertement les valeurs démocratiques sur lesquelles se fonde l’UE. Il semblerait qu’Orban et Kaczynski aient oublié que l’UE n’est pas simplement une union économique, et qu’il est nécessaire d’adhérer à ses valeurs de solidarité et de paix.

Louis Brand, 19/11/2020

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