Le samedi 28 novembre, la ministre de l’Intérieur Pitri Patel et son homologue français Gérald Darmanin ont signé un accord dans le but de freiner l’immigration clandestine par la Manche. Ce même jour, 45 migrants, dont 4 enfants et une femme enceinte ont été secourus au large de Dunkerque. Le lendemain, les sauveteurs français ont porté assistance à 19 autres migrants tentant la traversée. L’accord bilatéral entre la France et le Royaume-Unis, pour lequel sont prévus 31,4 millions d’euros, prévoit le doublement des patrouilles françaises à partir du 1er décembre, ainsi que la multiplication de drones et de radars permettant de repérer à l’avance les 8 000 personnes qui tentent chaque année la traversée.

L’urgence se fait d’autant plus ressentir que le nombre de migrants tentant de rejoindre le Royaume-Uni est en perpétuelle augmentation. Rien qu’en septembre, la France interceptait 1300 migrants, qui parfois tentent la traversée à la nage, pour 1100 par le Royaume-Uni.

L’île accusait d’ailleurs la France de ne pas s’impliquer assez pour empêcher les traversées, malgré les accords du Touquet de 2004 et le traité de Sandhurst en 2018 qui avaient contribué au renforcement de la présence policière française sur le littoral normand et des Hauts de France. Concrètement, le Royaume-Uni payait la France pour qu’elle empêche la traversée de la Manche par les migrants.

L’accord signé montre que, malgré le Brexit et le retour de tensions entre Londres et Bruxelles, une coopération est possible et nécessaire. En effet, l’accord de Dublin qui stipule que les migrants doivent demander l’asile au premier pays dans lequel ils sont arrivés est un texte européen. Ainsi, en vertu de ces accords de Dublin, une des requêtes phare est la prise des empreintes digitales des migrants interceptés pour qu’ils puissent être transférés dans le premier pays dans lequel ils sont arrivés. Or, la période de transition entre Londres et Bruxelles arrive à sa fin, laissant une zone d’ombre : il s’agit de déterminer quel texte gouvernera l’immigration dans cette zone. L’accord semble donc être l’alternative trouvée à ce problème, mais il a été critiqué par l’opposition travailliste et associations caritatives, soulignant que le problème n’est pas appréhendé dans le bon sens. Ces derniers soulèvent que les conséquences humaines ne sont pas assez prises en compte par cet accord. L’Europe, encore hantée par la catastrophe de Lampedusa de 2013, se doit de régler ce conflit aux enjeux multiples.

Même si les traversées de la Manche ne sont pas aussi meurtrières que celles de la Méditerranée, 4 migrants y sont morts en tentant la traversée, contre 7 en 2020. Les 31,4 millions prévus par le plan pourraient être utilisés pour améliorer les conditions d’accueil des migrants, afin qu’ils ne cherchent pas à demander l’asile ailleurs. Beaucoup soulignent en effet que cet accord n’empêchera pas les migrants de tenter de rejoindre l’Angleterre, eux qui ont parfois parcouru plusieurs milliers de kilomètres pour parvenir jusqu’en Europe occidentale.
Boris Johnson assure de son côté vouloir changer les lois d’asile afin de décourager les migrants de venir en Angleterre, mais cela n’empêchera pas le réseau de passeurs français de continuer…

Louis Brand – 03/12/20

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