La culture du viol et le consentement : deux notions systématiquement discutées.

Le groupe Amnesty Maastricht a organisé ce samedi 03 octobre 2020 à Maastricht une « Marche pour la Justice ». Des centaines de militants se sont regroupés sur le Plein 1992 avant de se rendre devant le Palais de justice, afin de signifier leur désaccord avec la loi sur le viol qui sera discutée par la Chambre des Représentants néerlandaise le 6 octobre. 

Des slogans tels que « everywhere, wherever we go, yes means yes, no means no » et l’hashtag #Let’sTalkAboutYes ont mis en lumière le manque de considération pour la question centrale du consentement dans une affaire d’agression sexuelle. 

Cette nouvelle loi établirait qu’un rapport sexuel sans consentement soit défini comme « une interaction sexuelle contre la volonté », et non pas comme un viol. 

La définition juridique du viol aux Pays-Bas est fondée sur l’usage de la force, la menace de l’usage de la force, la contrainte ou l’incapacité de la victime de se défendre. Les victimes doivent prouver que des menaces et/ ou de la violence ont été impliquées pour être considérées avoir été violées.  

Des demandes considérées absurdes et injustes envers les droits fondamentaux des victimes par les manifestants. Ils mettent en avant le fait qu’un rapport sans consentement résulte par nature d’un des quatre critères cités, puisque de maintes études et témoignages ont démontré que souvent lors d’une agression, les victimes se paralysaient, se retrouvant complètement démunies.

De plus, cette nouvelle proposition de loi irait à l’encontre des principes de la Convention d’Istanbul adoptée en 2011. Celle-ci stipule en effet la conception d’un cadre global, de politiques et de mesures de protection et d’assistance pour toutes les victimes de violence à l’égard des femmes et de violence domestique. 

La nouvelle loi ne ferait encourir une peine de prison maximale que de 6 ans au lieu de 12 ans aujourd’hui, alors que dans la plupart des cas, les poursuites judiciaires ne sont même pas lancées. En effet, seulement 37% des rapports de viol ont aboutis à une plainte pénale durant les 9 premiers mois de l’année 2019. 

Des chiffres qui prouvent que la culture du viol est un élément inscrit dans la société aussi bien néerlandaise que française. 

Apparue en 1974 dans l’ouvrage collectif  Rape : The First Sourcebook for Women par le groupe des New York Radical Feminists, la notion de « rape culture » soit “culture du viol” renvoie à un concept militant selon lequel une banalisation, voire une forme d’acceptation de plusieurs croyances et attitudes sont profondément ancrées dans nos sociétés et souvent relayées de manière inconsciente. 

Cela signifie qu’un certain nombre de stéréotypes existants sont susceptibles de biaiser les jugements des individus qui ont souvent du mal à « reconnaitre » le viol tel que défini par la loi. Elle suppose que les individus entretiennent un certain nombre d’idées reçues concernant la notion de consentement à l’acte sexuel, le profil des victimes de viol et celui des agresseurs. 

Les jugements des tribunaux qui défendent la loi peuvent eux-mêmes être biaisés, d’où le fait qu’un grand nombre de violeurs ne sont pas condamnés.

Une notion qui a donc récemment fait polémique, notamment lors de l’émission « La Grande Confrontation » portant sur la liberté d’expression durant laquelle le philosophe invité Alain Finkielkraut s’est emporté : « Violez, violez, violez ! Je dis aux hommes : violez les femmes. D’ailleurs, je viole la mienne tous les soirs ! ». Du soi-disant second degré censé exprimer son désaccord envers le concept de culture du viol lors d’une discussion à propos de la polémique Polanski. 

La féministe Caroline De Haas, autre invitée du plateau, s’est empressée de réagir : « On ne peut ignorer que lorsqu’ils tiennent ce genre de propos, ils banalisent les violences ». 

Des violences physiques, verbales ou bien symboliques. 

C’est l’objet du débat initié par le mouvement #lundi14septembre, consistant à dénoncer la violence de l’hypersexualisation du corps des femmes à l’école avec des règles vestimentaires particulières pour les jeunes filles ainsi que le comportement et le manque d’éducation des hommes à ce sujet. Un mouvement vivement critiqué : le président Macron et son ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer ont réclamé du mouvement de la décence et le respect de la « tenue républicaine ». 

Ce débat autour de l’objectivisation subie par les femmes et leur insécurité dans l’espace public qui en découle a de nouveau été à l’ordre du jour avec la découverte le 29 septembre du corps de Victorine, jeune femme âgée 18 ans, après sa disparition trois jours plus tôt. Une marche blanche organisée ce dimanche 4 octobre a été l’occasion d’une prise de conscience collective des risques encourus par les femmes du simple fait d’être de leur genre.

Laora Hoek 

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