« Ce n’est pas moi qui ai décidé quel devait être le niveau du stock stratégique de masques » déclare Jérôme Salomon interrogé sur la gestion de crise de la COVID-19

Ce mercredi 16 septembre 2020, Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, a été interrogé par des sénateurs sur la gestion de la crise sanitaire actuelle. Ce rendez-vous faisait suite à une première convocation auprès de députés le 16 juin 2020, audition jugée plus qu’évasive. Des réponses étaient d’autant plus voulues que l’éventualité d’une seconde vague du coronavirus en France se fait de plus en plus forte.

Le directeur général de la Santé a été ciblé de manière virulente par les sénateurs pour des déclarations et décisions qui peuvent aujourd’hui plus que surprendre.

Le premier reproche a concerné le nombre de masques disponibles au début de l’épidémie. En septembre 2018, François Bourdillon, alors en charge de la gestion des stocks stratégiques de l’Etat (incluant les masques de protection), écrivait un courrier sur « l’état catastrophique des masques ». Nombre d’entre eux étaient périmés ou endommagés et n’auraient donc aucune utilité en cas de crise sanitaire. Ces derniers ont été détruits, abaissant encore plus le stock de 700 millions de masques.

Alors que les experts recommandaient un stock de 1 milliard de masques, la France s’est retrouvée avec seulement 100 millions d’unités au début de la crise sanitaire en mars. Les sénateurs ont alors demandé à Jérôme Salomon pourquoi il s’était contenté d’une commande de seulement 170 millions de masques en février dernier. Ce dernier a répondu que les services de l’Etat avaient répondu de la manière appropriée, avec « une réponse rapide ».

Jérôme Salomon était également énormément attendu concernant ses propos du 17 mars 2020, au cœur de l’épidémie, où il appelait les Français à ne pas porter de masques, car ceux-ci étaient prioritaires « pour les malades, les transports sanitaires, les secours aux personnes et les soignants ». A l’heure où les masques sont rendus obligatoires dans toutes les grandes villes et dans l’ensemble des lieux publics, cette phrase soulève de lourds débats.

Le directeur général de la Santé reconnaît tout d’abord avoir eu une « expression très maladroite ». Cependant, il rappelle également la situation de fortes tensions autour des masques qui existaient à cette période de la crise sanitaire. En effet, les livraisons devaient se faire de nuit afin d’éviter les nombreux vols de masques. Pourtant, dès le 2 avril, M. Salomon revenait sur ses propos en appelant « le grand public à porter ces masques ». 

Enfin, il en appelle à « l’évolution des connaissances » autour de cette pandémie. Au fur et à mesure que les mois s’écoulaient, les recommandations internationales étaient complétées grâce aux nouvelles connaissances autour de ce virus. Par exemple, l’OMS n’a émis qu’un avis de transmission par voie aérienne seulement au mois de juillet, soit de nombreux mois après l’arrivée de la COVID-19 en France. Les consignes sanitaires n’ont eu de cesse d’évoluer en relation avec les nouvelles directives des agences internationales et des revues scientifiques. 

Cependant, Jérôme Salomon concède que les autorités sanitaires ont bien fait face à « une crise majeure, un débordement lié à l’épidémie et à un dérèglement du marché » autour du masque. Malgré cela, Geneviève Chêne, directrice générale de Santé Publique France, a affirmé devant les sénateurs que le stock recommandé de 1 milliard de masques sera reconstitué d’ici fin septembre, espérons que ce soit le cas…

Valère Bénazet

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