Vague d’arrestations de militants hongkongais : l’ingérence chinoise de plus en plus marquée dans la vie politique de la ville semi-autonome

Au moins 53 militants et anciens élus démocrates ont été interpellés le mercredi 6 janvier à Hong Kong, constituant la plus vaste opération policière orchestrée par le régime chinois depuis la loi sur la sécurité nationale. Cet évènement fait suite à l’arrestation en novembre dernier de trois figures du mouvement d’opposition pro-démocrate Hongkongais : Joshua Wong, Agnes Chow et Ivan Lam. Si ces trois derniers avaient plaidé coupable pour avoir manifesté en juillet 2019 dans le quartier général de la police, les personnes interpellées mercredi dernier ont été arrêtées pour avoir organisé et soutenu la tenue de primaires en juillet 2020 avant les élections législatives prévues en septembre 2020, qui ont depuis été reportées.

Le but des primaires était d’éviter un éparpillement des votes de l’opposition afin d’assurer une majorité démocrate parmi le Parlement hongkongais et elles ont suscité un véritable engouement parmi la population hongkongaise au vu des 600 000 personnes ayant fait le déplacement. Cette campagne pour « voter intelligemment » paraissait d’autant plus importante que les modalités alambiquées d’élection du Parlement Hongkongais (LegCo) assurent presque toujours la majorité au bloc pro-Pékin.

Le Chine populaire a qualifié ces primaires de « grave provocation » et a affirmé qu’elles relevaient de la « subversion », au nom de la loi sur la sécurité nationale entrée en vigueur le 30 juin 2020. Cette loi, imposée par Pékin pour répondre aux épisodes violents de manifestations de 2019, accroît l’autorité de la Chine sur Hong Kong et contrevient directement au principe « un pays, deux systèmes », qui régit les relations sino-hongkongaises depuis 1997. En effet, la loi sur la sécurité nationale donne de la compétence à la justice chinoise en cas de crime grave sur le territoire de Hong Kong, signifiant que les accusés pourraient être extradés en Chine continentale, où les conditions de vie en prison sont souvent dénoncées.

Cette atteinte à l’autonomie de Hong Kong est justement la principale cause du militantisme pro-démocratie, qui connaît un essor depuis 2019, bien que de précédents évènements ont traduit cette volonté de défendre le statut particulier hongkongais, notamment la « révolution des parapluies » en 2014.

Zoom sur le statut particulier de Hong Kong

Ancienne colonie britannique, Hong Kong a été rétrocédé à la Chine en 1997 en vertu du bail de 99 ans relatif aux « nouveaux territoires ». Hong Kong devient alors officiellement une région administrative spéciale (RAS), tout comme son voisin Macao et elle est régit par une Loi Fondamentale qui lui assure une très grande autonomie par rapport à la Chine populaire, hormis sur le plan de la défense et des affaires étrangères. Souvent qualifiée comme un ilot démocratique et libéral au sein d’un pays qui pratique un socialisme de marché, Hong Kong est très attachée à ce statut particulier mais est soumise à l’ingérence croissante de la part de Pékin, la loi sur la sécurité nationale en étant l’illustration. Les nouvelles générations hongkongaises, largement occidentalisées semblent les plus sensibles à la préservation de cette autonomie car influencées par les valeurs de libertés individuelles et d’idéal démocratique, ce qui est directement lié au passé colonial de l’île. Les figures principales des mouvements pro-démocrates sont d’ailleurs principalement des jeunes, à l’image de Joshua Wong qui déclarait lors de son arrestation : « Nous continuerons à lutter pour la liberté, et ce n’est pas le moment de nous aplatir devant Pékin ni de nous rendre ».

L’interpellation des 53 militants souligne évidemment l’accroissement de l’influence chinoise dans la vie politique hongkongaise, censée pourtant être indépendante. Elle vient nourrir l’inquiétude d’un recul démocratique dans la ville semi-autonome.

Une condamnation américaine et européenne

L’opération a été condamnée par le futur chef de la diplomatie des États-Unis, Antony Blinken, qui a déclaré sur son compte Twitter que : « Les arrestations massives de manifestants pro-démocratie sont une attaque contre ceux qui défendent courageusement les droits universels ». Il a ajouté que : « L’administration Biden-Harris se tiendra aux côtés du peuple de Hongkong et contre la répression de la démocratie par Pékin ». L’Europe a quant à elle réclamé la « libération immédiate » des 53 opposants et réfléchie à de nouvelles sanctions contre les autorités du territoire, nécessitant au rappel l’unanimité des États-membres.

Louis Brand – 08/01/21

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