C’est une campagne présidentielle violente qui a opposé Alpha Condé, actuel Président de la République de Guinée et membre du parti RPG-Arc-en-ciel (Rassemblement du Peuple de Guinée), et Celou Dalei Dialo, leader du parti UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée). Des manifestations réprimées ont causé la mort de plusieurs dizaines d’individus, en cause, la troisième candidature de l’actuel Président aux élections, malgré la limitation constitutionnelle guinéenne à deux mandats présidentiels. Des manifestations avaient déjà eu lieu en octobre 2019 lorsqu’Alpha Condé modifiait la Loi fondamentale pour s’octroyer le droit d’effectuer un troisième mandat. Pratique indéniablement non démocratique, c’est d’autant plus contradictoire qu’ il fut l’incarnation de la démocratie en Guinée. En effet, auréolé de la lutte pour la démocratie durant la dictature de Sékou Touré de 1958 à 1984 puis sous le régime de Lansana Conté de 1984 à 2008, Alpha Condé est élu Président en 2010, à l’issue d’élections libres et pluralistes, une première depuis l’indépendance de l’ancienne colonie française en 1958.

L’annonce de cette  troisième candidature et la révision constitutionnelle ont fait tâche sur son parcours politique. Le journal Le Monde titrait ainsi «Alpha Condé, président de Guinée, se voyait en Mandela, va-t-il finir en Mugabe ?», en faisant référence à la figure de la lutte contre l’apartheid sud-africain (Mandela) ainsi qu’au libérateur de l’ancienne Rhodésie du sud, devenu dictateur dépassé par l’âge (Mugabe). L’âge avancé (82 ans) et la santé déclinante d’Alpha Condé ne jouent pas en sa faveur,  et il l’a bien compris. Selon le journal en ligne guineenews.org, Alpha Condé a effectué une tournée en hélicoptère à travers le pays, prenant l’apparence d’une campagne «populiste». De plus, dans certains quartiers de la capitale, des camions déchargeraient des sacs de riz ainsi que de l’argent aux familles qui auraient assuré d’accorder leur voix à Alpha Condé, lors des élections le dimanche 18 octobre 2020.

Les tensions qui sont en pente ascendante depuis un an en Guinée risquent d’être exacerbées par le résultat de l’élection présidentielle qui devrait être publié entre le 19 et le 20 octobre. Le Ministre de la sécurité Damantang Albert Camara reconnaît le déploiement de 12 000 hommes pour assurer la sécurité de la population et des bureaux de votes, et permettre ainsi le bon fonctionnement de la démocratie. Malgré tout, de nombreux citoyens guinéens ne se sont d’ailleurs pas rendu aux urnes par peur d’être pris au milieu d’affrontements. Les deux candidats, issus d’ethnies différentes, «Malinkais» pour Condé et «Peul» pour Dialo, jouent aussi de leur opposition ethnique, ce qui n’apaise pas les tensions dans un pays multiculturel. Mais si la campagne électorale a été marquée par des épisodes de grandes violences, le premier jour de l’élection – dimanche 18 octobre – s’est passé relativement dans le calme, malgré quelques incidents isolés selon les dires du Premier Ministre.

Selon l’ONG Transparency International, la Guinée est l’un des pays où la perception de corruption est la plus forte. Cependant, le Président Condé bénéficie encore du soutien d’une partie de la population qui pense qu’il est le seul capable de régler la misère en Guinée, rappelant notamment que c’est lui qui a permis la démocratisation de l’électricité, grâce à des accords effectués avec la Chine. Malgré tout, 55% des guinéens vivent encore sous le seuil de pauvreté et l’insécurité et les promesses démocratiques non tenues favorisent un soutien envers l’opposant Celou Dalei Dialo, symbolisant un renouveau dans ce pays d’Afrique subsaharienne. Les affiches géantes du Président Condé, sur lesquelles est inscrit le slogan «ensemble pour une prospérité partagée» contraste ainsi avec la misère des quartiers pauvres des villes guinéennes…

Louis Brand

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