Glucksmann

Le confinement aura prouvé une chose, la méthode de la campagne politique présente des limites face aux nouveaux enjeux et à une pandémie qui ravage tout sur son passage.
La campagne politique a pour objectif de renforcer la visibilité, en France traditionnellement au moment de chaque élection vous vous faites interpeler – pour ne pas dire agripper – alors que vous étiez juste venu pour acheter des légumes au marché de votre village. C’est donc ça la campagne-type de terrain en France une campagne où l’on vous forcera à récupérer un tract que vous recevrez quelques jours plus tard dans votre boîte aux lettres, de l’ingéniosité politique au grand respect de l’environnement grandement présent dans les différents partis politiques. Bien évidemment présenté de cette manière la méthodologie politique avait besoin d’une grande révolution.

Le 17 mars, le second tour des élections municipales est reporté, la politique se retrouve perdue devant la crise sanitaire. D’un côté ce report offre beaucoup plus de possibilités sur le plan stratégique avec plus de temps pour tenter de faire des fusions mais également plus de temps pour développer une campagne. Toutefois, le monde politique se retrouve bloqué devant une question : comment faire évoluer une campagne qui se fait sur le terrain sachant que devant le confinement le terrain physique n’existe plus ?
Les réseaux sociaux deviendront dès lors, pendant le deuxième tour, source d’informations. Les différentes listes ne se battront plus sur le marché autour des fruits et des légumes mais sur Facebook autour des partages et des stories.

La politique connaît ainsi, à ce moment-là, une révolution numérique et nous pouvons assez largement le confirmer au vu de l’incroyable différence des chiffres entre le nombre d’abonnés des anciens Présidents et du Président actuel de la République française. François Hollande compte en effet 115 000 abonnés sur le réseau social Instagram contre 170 000 pour Nicolas Sarkozy. À côté d’eux, Emmanuel Macron apparaît comme un géant sur les réseaux sociaux avec tout de même ses 2.3 millions d’abonnés.

Mais ce qui reste le plus surprenant avec ce nouvel outil politique, c’est qu’il permet l’émergence de personnes beaucoup moins connues du paysage politique. En effet, c’est l’exemple de Raphaël Glucksmann, 41 ans, qui est un essayiste et homme politique français.
Ce n’est pas son élection aux européennes ni son score – que l’on jugera de médiocre mais réaliste à la vue d’une gauche qui ne cesse de s’écrouler politiquement – qui nous feront bien connaître l’individu et ses qualités, mais bien sa grande présence sur les réseaux sociaux. Raphaël Glucksmann présente en effet un compte Instagram très bien organisé avec des références d’actualité et un point de vue défendu. Son compte personnel présente plus de 600 000 abonnés, ce qui est tout de même impressionnant pour un homme politique de son envergure. Ce dernier parvient à faire de l’ombre aux deux anciens Présidents, en ayant le double du nombre d’abonnés cumulés, ou encore 6 fois plus d’abonnés que Jean-Luc Mélenchon qui avait pourtant fait de sa campagne politique pour la présidentielle de 2017, une campagne très high-tech, virtuelle (hologrammes, chaîne YouTube…).

Raphaël Glucksmann comprend donc qu’une révolution de la campagne politique est en place et qu’elle est notamment favorisée par un confinement et une population qui ne se retrouve plus dans la rue mais sur les réseaux sociaux. De cette manière, l’homme politique répond à un grand défi de la politique actuelle : redonner aux jeunes l’envie de s’intéresser à la politique. Un défi qui se veut être alarmant à la vue des chiffres difficilement concevables tels que 72% d’abstention aux municipales chez les 18-34 ans selon une estimation Ipsos-Sopra Steria via un article du journal Le Monde.

Justement Instagram apparaît comme être un bon cheval de Troie pour Raphaël Glucksmann à travers la facilité et l’accessibilité de son compte. Dessus, nous retrouvons donc l’actualité notamment la crise sanitaire ou encore la politique internationale avec l’affaire Navalny en Russie . Dans chaque post Instagram, l’essayiste français engage un combat où il n’est pas seul. De fait, la jeunesse est derrière lui pour augmenter sa visibilité via des partages sur les réseaux sociaux. Emmanuel Macron avait déclaré, il y a déjà quelques mois de ça, sa fameuse phrase « nous sommes en guerre », et c’est le sentiment que certains ont lorsqu’ils sont sur ce compte qui engage de grands combats. Le plus connu est celui pour les ouïgours, mais la guerre a changé, les poilus sont morts pour la France, le Mali et son atrocité reste loin puisque la guerre se fait maintenant à coup de partages et de commentaires.
La visibilité se fait également à travers la présence de personnalités proches des jeunes et nous voyons des soutiens affichés. À l’image de l’ancienne chroniqueuse de Touche Pas À Mon Poste, Énora Malagré, qui commente sous le post du 24 novembre 2020 « vous êtes formidable » montrant Raphaël Glucksmann présent dans un rassemblement contre le gouvernement et les violences policières après les violences faites place de la république envers les exilés. On retrouve également le comédien Jonathan Cohen qui aime et n’hésite pas à partager certains posts du politicien . En bref, Raphaël Glucksmann connaît une grande popularité sur Instagram ce qui lui permet d’être l’un des leaders de la nouvelle manière de faire campagne politiquement.

Devant ces chiffres, certaines questions se posent : le compte Instagram du politicien Glucksmann ne serait-il pas un moyen d’enrôler les jeunes efficacement vers du militantisme politique ? – ou encore – Cette nouvelle technique de campagne ne serait-elle pas un frein à la démocratie ?
On aurait tendance à répondre positivement pour la première question car ce compte Instagram apparaît bien comme le cheval de Troie parfait pour enrôler politiquement une jeunesse perdue et déçue politiquement.
Dans une démarche quantitative, des chiffres appuient également cette hypothèse avec sur 20 jeunes interrogés suivant Raphaël Glucksmann sur Instagram, dix d’entre eux sont pleinement au courant qu’il est un élu européen. Il faut dire que c’est tout de même écrit directement sur sa page, mais le système Instagram fait que l’on suit plusieurs personnes sur un fil d’actualité dont finalement on ne prête pas toujours attention au profil ni aux détails présents.
Mais ce qui interpelle c’est que seulement deux jeunes sur 20 sont au courant qu’il a représenté le Parti socialiste aux Européennes. Ce chiffre montre donc bien que le soutien se fait par motivation face aux posts et non par motivation politique face au politicien que Monsieur Glucksmann est. Cela révèle que derrière
les 600 000 abonnés, beaucoup n’ont pas cette connaissance, ce réflexe de « militer » en partageant les posts. Nous pourrions facilement qualifier ce comportement de naïf mais comment ne pas partager un post dénonçant le traitement de ouïgours ; comment ne pas partager un post dénonçant l’antisémitisme encore présent dans notre société face à la mort du jeune Ilan Halimi.

L’actualité et les posts sont donc bien choisis pour susciter l’émotion chez un jeune public qui veut bien faire en dénonçant les atrocités qui existent encore dans notre monde. Cependant, peu à peu, cette jeune audience peut être influencée politiquement, comme nous pouvons le voir à travers d’autres posts. Certains d’entre eux dénoncent le gouvernement français et ses composants – qui sont d’ailleurs les posts les moins likés – à l’image de celui du 21 février 2021 avec une critique sans nomination mais très clair envers Frédérique Vidal et le débat après ses propos sur « l’islamo-gauchisme » présent dans les universités. Ce n’est donc pas une accusation mais une prévention que nous faisons à travers cet article afin de rappeler aux jeunes que derrière Rapahaël Glucksmann d’Instagram – mais l’on pourrait en citer d’autres – est présent un politicien qui s’est présenté comme tête de liste du Parti socialiste aux européennes. Il faut savoir rester lucide, ou du moins savoir se faire sa propre opinion, afin de ne pas être influencé politiquement tant les échéances politiques importantes arrivent à l’image des présidentielles l’année prochaine.

Sur la deuxième question concernant un éventuel risque pour notre belle démocratie, nous pouvons nous permettre d’être plus partagé et de même y trouver du positif. Le fait que de nouvelles techniques pour faire campagne apparaissent ne sont une surprise pour personne, surtout face à une époque et une pandémie mondiale qui empêche un maximum de contacts. Cela semble donc être une bonne chose de voir une campagne politique virtuelle naître. Dans un but d’égalité et de pluralité politique, cette nouvelle technique apparaît bien comme une belle solution de réduction des inégalités entre les partis politiques, puisqu’elle ne fait plus forcément appelle à une domination financière mais à l’ingéniosité. De fait, sur Internet chacun est libre d’exercer et de faire marcher son imagination, le porte-monnaie n’en est plus un obstacle comme il peut souvent l’être dans une campagne dite physique. Écologiquement cette technique est également une idée très positive puisqu’elle permet d’arrêter l’impression de tracts en papier – pour la plupart non recyclés – que l’on reçoit un nombre de fois inconsidérables.

Enfin, nous terminerons cet article sur un point de vue davantage positif. Nous pouvons ainsi affirmer que l’action de Raphaël Glucksmann permet tout de même à la jeunesse de rester au courant de l’actualité nationale et internationale. Cette dernière combat les stéréotypes de cette jeunesse tant critiquée sur ce plan-là, entre abstentionnisme et méconnaissance historique et politique. Le discours de l’essayiste français permet surtout de renforcer le combat contre l’atrocité à l’image des ouïgours car il faut reconnaître qu’il a fortement contribué à cette lutte, sans lui le combat en France n’aurait pas connu la même intensité.

Maxime Robert – 01/03/21

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