Une bonne nouvelle pour le Soudan qui espère enfin sortir la tête de l’eau. L’inscription du Soudan sur la liste noire des États-Unis empêchait, en effet, les pays étrangers de développer des liens commerciaux ou d’investir au Soudan sous peine de sanctions économiques. L’économie soudanaise devrait donc bénéficier d’une bouffée d’oxygène pour faire face à ses pénuries et son taux d’inflation galopant. Le Premier Ministre soudanais Abdallah Hamdok a d’ailleurs affirmé « qu’après trois décennies d’isolement, le Soudan rejoignait officiellement la communauté internationale ». Toujours est-il que le Soudan reste l’un des pays africains au plus fort taux de corruption, avec une incertitude politique endémique et une guerre au Dafour qui n’est pas officiellement achevée.

Cette levée de sanction n’était cependant pas une décision totalement désintéressée de la part des États-Unis, mais bel et bien un certain chantage. Effectivement, en l’échange de son retrait de la liste noire, le Soudan devait normaliser ses relations avec Tel-Aviv, ce qu’il a fait. Donald Trump avait alors notifié le retrait du Soudan de la liste noire au Congrès américain, qui avait alors 45 jours pour s’opposer à cette mesure. La période de notification ayant expiré, la mesure est devenue effective le lundi 14 décembre. Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo a estimé que cela représentait un « changement fondamental » dans les relations entre les deux pays. Il est vrai que les relations américano-soudanaises ont connu de sombres périodes au cours des dernières décennies, et de nombreux litiges sont encore sur la table, notamment en ce qui concerne les attentats des années de 1998 et de 2001.

Khartoum avait effectivement accepté de payer 335 millions de dollars pour indemniser les victimes des attentats de 1998 contre les ambassades américaines au Kenya et en Tanzanie. Or, pour que le Soudan puisse libérer cette somme, il faut qu’il retrouve son indemnité souveraine, ce qui n’est toujours pas le cas. L’indemnité souveraine désigne ici le fait d’empêcher que quelqu’un entame de nouvelles poursuites judiciaires contre le Soudan en raison de son passé terroriste. Les familles des victimes des attentats du 11 septembre 2001 y étant toujours opposées, les discussions entre Khartoum et Washington devraient continuer…

La reconnaissance de Tel-Aviv par Khartoum

On comprend ici tout l’enjeu pour les États-Unis qui est, peut-être, une façon de se faire des alliés parmi le continent africain concernant la question israélienne, ou du moins de ne pas se faire d’ennemis. La reconnaissance de l’État hébreu par le Soudan n’est pas sans signification. Ennemis dans les premières années qui ont suivi l’indépendance du Soudan en 1956, leurs relations se sont apaisées dans les années 1970 pour s’embraser de nouveau à la fin des années 1980 lors de la prise de pouvoir par la force d’Omar el-Bechir. Ce dernier, mis en accusation par la Cour pénale internationale pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerres durant la guerre civile du Darfour, a marqué la politique soudanaise pendant presque 30 ans et a directement contribué à faire apparaître le Soudan comme un « État voyou » sur la scène internationale. Les hostilités israélo-soudanaises ont d’ailleurs été exacerbées durant la guerre d’indépendance du Sud-Soudan, guerre durant laquelle Israël n’a pas cessé d’encourager la partition du pays tandis qu’Omar el-Bechir était partisan d’un Soudan unifié. La reconnaissance d’Israël par le Soudan peut donc être vue comme un premier facteur de stabilisation des relations entre les deux États, tout à l’avantage des États-Unis.

Le Soudan, en plus de la bouffée d’oxygène économique permise par son retrait de la liste noire, connaît des soubresauts politiques notamment depuis 2019. Les révolutions soudanaises, débutées en décembre 2018 ont été marquées par un mouvement de désobéissance civile conduisant à la chute du président Omar el-Bechir. Le remplacement de l’ancien Président par un Conseil Militaire, devenu Conseil de Souveraineté et dont le but est de relever l’économie du pays et de mettre fin aux conflits armées qui perdurent depuis des années, prédit peut-être l’introduction d’une nouvelle ère au Soudan…

Louis Brand – 17/12/20

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