Ce mercredi 11 novembre 2020, Maurice Genevoix, écrivain et combattant de la première guerre mondiale, a fait son entrée au Panthéon. Cette panthéonisation est symbolique car elle intervient pour les 40 ans de la mort de l’écrivain, tout en étant le centenaire de l’inhumation du Soldat Inconnu, tout ça le jour annuel de la célébration de l’Armistice de la Grande guerre.
Qui est Maurice Genevoix ?
Maurice Genevoix est né en 1890 dans la Nièvre, en Bourgogne. Étudiant à l’École Normale Supérieur dès 1911, il est mobilisé pendant la première guerre mondiale et perd l’usage de son bras gauche en 1915, ce qui le rend dispensé de combattre.
À son retour, il écrit son témoignage de la Grande Guerre « Ceux de 14 », composé de cinq carnets de guerres publiés entre 1916 et 1923. Par la suite, il écrit sur le monde rural de sa Loire natale, et sur l’harmonie entre la nature et les hommes. En 1925, il reçoit le Prix Goncourt pour son ouvrage « Raboliot » qui évoque la vie d’un braconnier de Sologne, région naturelle du Val-de-Loire.
Élu à l’Académie Française en 1946, il en devient le secrétaire perpétuel de 1958 à 1974, puis recommence sa carrière d’écrivain. Il s’éteint le 8 septembre 1980.
Maurice Genevoix ne peut pas être résumé dans la seule image d’un écrivain de guerre. C’était un réel passionné de la vie dans toute son essence, et de la nature comme ce qu’il répétait : « Je tiens plus que jamais comme un grand privilège d’avoir passé toute mon enfance dans une petite ville française d’avant 1914 ». Il écrit d’ailleurs des odes aux bêtes de la forêt, aux eaux du fleuve et des étangs dans ses nombreuses œuvres, « La boîte à pêche » et « La forêt perdue » notamment. C’est d’ailleurs pourquoi, l’ancien président Valéry Giscard d’Estaing l’avait qualifié de « premier de nos écologistes » lors de la cérémonie de son enterrement en 1980.
La 80ème panthéonisation
Inhumé au cimetière de Passy, puis conduit le 9 novembre à la butte des Eparges – où il a été blessé en 1915 – et le 10 à l’Ecole Normale Supérieure, la « plume de la guerre de 14-18 » est entré au Panthéon ce mercredi 11 novembre à la demande du Président de la République Française et de ses descendants. Le manuscrit autographe de Ceux de 14, qui réside à la Bibliothèque Nationale de France, était exposé près du cercueil lors de la cérémonie d’hommage. Avec Maurice Genevoix, c’est aussi ceux de 14 à qui il a offert « l’immortalité des mots » qui sont honorés comme symbole de cette période, les hommes et les femmes, les soldats et les officiers. C’est d’ailleurs ce qu’Emmanuel Macron déclare « Au moment où les voix des poilus se sont éteintes pour toujours, il est incompréhensible que « Ceux de 14 » ne figurent pas au Panthéon ».
En raison de la crise sanitaire, seules étaient présentes trente personnalités civiles et militaires, dont le premier ministre Jean Castex, le Président de la République Emmanuel Macron, le président du Sénat Gérard Larcher, le président de l’Assemblée Nationale Richard Ferrand et l’ancien Président de la République François Hollande. La cérémonie n’étant pas publique, le ministère de l’éducation nationale encourage les enseignants à faire lire « Lettre à la jeunesse », rédigée par l’écrivain en 1964.
Dans son discours, Emmanuel Macron évoque « la joie et l’innocence de revenir vite », « l’horreur des obus qui explosent », et « l’absurdité des combats » dont ont dû faire face les combattants de la Grande Guerre. Plus que ça, il tisse un lien entre le courage de ceux de la Révolution Française, des guerres du XXe siècle, et de toutes les guerres en général :
« Un courage français. L’Histoire des femmes et des hommes animés du courage de ceux qui savent pourquoi ils se battent. Du courage français. Le même qui avait soulevé ceux de 1789, les volontaires de l’An II, de toutes nos guerres. Celui-là même aussi, qui nous permit de construire quelques décennies plus tard, avec notre Europe, la paix que nous leur devions, non pas une paix faite de lâcheté et de renoncement, mais celle d’un dialogue constant et respectueux de nos histoires, nos différences et nos valeurs. »
et à l’entourage du Chef de l’Etat de rajouter :
«  La pandémie, le terrorisme… Rien de tout cela ne doit nous décourager de rassembler les Français en tant que nation. Cette séquence mémorielle sera pour le président de la République l’occasion d’évoquer les deux qualités propres au peuple français dans ce genre d’épreuve : la résilience et la volonté. »
Par ailleurs, le gouvernement a commandé pour l’occasion des œuvres au plasticien Anselm Kiefer et au compositeur Pascal Dusapin, afin de rendre hommage aux morts de la Grande Guerre au sein du Panthéon. Cette volonté du choix des artistes n’est pas anodine, avec un français et un allemand, pour célébrer l’amitié franco-allemande.

Tiphaine Chatagne

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