« Le pouvoir de changer le pays est entre vos mains »
A la veille de l’élection qui se déroulera le 3 novembre 2020 aux Etats-Unis (EU), le rival du président américain actuel a prononcé ces mots à la consonance solennelle lors d’un rallye à Cleveland.
En effet, le combat promet d’ores et déjà d’être mouvementé entre Républicains soutenant le président sortant Donald Trump et Démocrates, engagés envers l’ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden.
Les tensions sont grandissantes depuis quelques mois : entre les questions de la gestion approximative de la crise du Coronavirus, du traitement des minorités ou encore de la crise environnementale qui touche certains Etats, les Américains sont de nouveaux divisés.

Elu en 2016 en ne cessant de proclamer le slogan « America First ! », Donald Trump a effectivement fait usage de ses quatre ans de mandat pour tenir ce principe, malgré la tentative de procédure d’impeachment à l’automne 2019 initiée contre lui.
On retient de lui l’extravagance de son personnage, ses propos souvent abjects et crus, ses marées de tweets (11 000) mais surtout un bilan contrasté au terme de son mandat. « Sur la centaine d’engagements suivis par le site PolitiFact, dans son « Trump-O-Meter », seul un quart d’entre eux – 25 promesses – a été tenu, une promesse sur cinq est en partie honorée et près de la moitié ont été rompues. » explique Le Figaro.
Sur le plan judiciaire, le camp républicain a récemment obtenu plus de 25% du total du nombre de juges fédéraux en nommant la conservatrice juge Amy Coney Barrett à la Cour Suprême.
Sur le plan social, les conséquences de l’’abrogation d’une partie du système Obamacare par l’administration Trump sont d’autant plus visibles que plus de 9 millions d’Américains ont été touchés par le virus de la Covid-19, qui continue de susciter des débats chez les grands septiques de la maladie, dont D.Trump.
Des inégalités notamment économiques, depuis une renversante baisse d’impôt, un assouplissement des règles dans les banques, notamment avec l’abrogation de la loi Dodd-Frank adoptée au lendemain de la crise des subprimes pour améliorer la stabilité financière. Des mesures prises dans le but d’augmenter le nombre d’emplois, en particulier dans des états comme l’Ohio dont la situation économique et industrielle est déplorable, une autre promesse de campagne de D.Trump pour attirer le vote des ouvriers. Le taux de chômage avait atteint un taux historique de 3,6% avant que la crise de la Covid ne le ramène à 7,9% en septembre dernier.

Le plan écologique a d’autre part pâti du mandat Trump : alors que les feux de forêts continuent de ravager la côte Ouest, le président actuel n’hésite pas à se montrer climato-sceptique en dérégulant une soixantaine de lois environnementales.
D’où la place des EU de premier producteur de pétrole du monde devant l’Arabie saoudite grâce à la fracturation hydraulique des pétroles de schistes en 2019 ou encore son retrait des Accords de Paris de 2015 en 2017.
Toujours en termes de politique étrangère, D.Trump continue de déclarer ouvertement une guerre commerciale à la Chine, malgré les accords passés début 2020. Aussi, le dialogue entre la Corée du Nord et les Etats-Unis semble à nouveau se tendre en cette fin d’année.
La question des migrations reste quant à elle mitigée : alors que la promesse de la construction d’un mur le long de la frontière avec le Mexique longue de 3 145 km était un élément phare de la campagne de Donald Trump en 2016, seuls 549 kilomètres de renforcement ou de rénovation de l’infrastructure existante et environ 50 km de nouveaux murs ont été construits.
Cependant le Muslim ban, un décret de 2018 censé prévenir l’arrivée de “terroristes étrangers” provenant de six pays du Moyen-Orient a contribué à faire baisser de près de 90% l’accueil de réfugiés.
Un bilan qui met donc en avant les enjeux principaux de l’élection à venir et les demandes de changements urgents pour certains américains.

Cependant, il faudra attendre le 14 décembre prochain pour savoir s’il y aura un 46ème président américain. Le système présidentiel américain ne permet en effet à ses citoyens de n’élire non pas directement leur président mais seulement des grands électeurs, qui eux voteront pour un des deux candidats auprès desquels ils se sont engagés. Les résultats annoncés le 3 novembre ne seront donc pas définitifs, et ce pour trois autres principales raisons.
Dans le contexte du Coronavirus, l’option du vote à distance a été largement privilégiée : environ 100 millions d’Américains sur les 146 millions d’électeurs ont déjà déposé leur bulletin lorsqu’en 2016, seuls 33 millions y avaient eu recours. Cela suppose donc que le dépouillement du vote risque de prendre plus longtemps, d’autant plus que certains Etats comme la Caroline du Nord disposent d’une extension de délai jusqu’au 12 novembre pour voter.
La seconde raison est que Donald Trump risque de ne pas reconnaître les résultats en cas de défaite. En effet, ce dernier s’est dès le départ montré très réticent à ce mode de vote qui augmente selon lui la part de risque d’erreurs. Le 30 septembre dernier, il dénonçait ainsi sur Twitter une “pagaille totale” et une “grande fraude” dans l’Etat de New York. 

Enfin, le dernier mot appartiendra aux Swings states. Traditionnellement, chaque état vote pour un parti défini, sauf ceux-ci dont l’indécision d’un certain nombre de grands électeurs qui basculent dans un camp ou un autre est décisive à chaque élection. Cette année, l’Arizona, la Floride, le Michigan, la Pennsylvanie ou encore le Wisconsin seront la clé déterminante d’un blue shift (revirement bleu), révélant un désir de changement chez les Américains ou d’un red mirage (mirage rouge), confirmant que l’accession de Donald Trump au pouvoir en 2016 n’était pas qu’un accident…

Laora Hoek

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