Disparition d’Henri Weber, figure historique du Parti socialiste

L’ancien sénateur socialiste Henri Weber, figure de mai 68 et de la tradition trotskyste de la gauche française, est mort le 26 avril dernier, à l’âge de 75 ans.

Né en 1944 dans un camp de travail du Tadjikistan, alors territoire de l’Union soviétique, en pleine guerre mondiale et à l’heure de l’hégémonie stalinienne sur l’appareil du Parti communiste, il est le fils de juifs polonais ayant fui la ville de Chrzanow, en Galicie, au moment de l’invasion de la Pologne par les troupes allemandes en 1939. Après la guerre, sa famille décide de retourner en Pologne, mais les réminiscences de l’antisémitisme les conduisent à immigrer en France, et la famille Weber s’installe à Paris en 1948.

A la fin des années 1950, son éveil politique est marqué par son opposition à la guerre d’Algérie et une adhésion précoce aux Jeunesses communistes (JC), l’une des organisations de jeunesse du PCF.  Il affiche alors l’ambition de créer un grand parti marxiste-léniniste débarrassé des dévoiements du stalinisme et de la bureaucratie inspirée par l’Union soviétique.

Henri Weber poursuit des études à la Sorbonne à partir de 1962, où il intègre l’Union des étudiants communistes (UEC) ainsi que l’UNEF. Il est ensuite exclu de l’UEC et du Parti communiste en raison de son militantisme trotskyste et fonde avec ses camarades Alain Krivine et Daniel Bensaïd la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR). Henri Weber est alors le responsable du service d’ordre (SO) de cette nouvelle organisation. Le paroxysme de son engagement trotskyste et révolutionnaire se situe en Mai 68, où il croit comme bon nombre d’étudiants communistes à l’insurrection généralisée ; néanmoins, il comprend bien vite que la jonction entre la révolte étudiante, l’appareil du PCF et les ouvriers n’aura pas lieu.

Après les évènements de Mai 68, Henri Weber s’éloigne progressivement du militantisme de terrain et des milieux trotskystes, et enseigne pendant près de vingt ans la philosophie politique à l’université de Vincennes après avoir été recruté par Michel Foucault. Ces années consacrées à l’enseignement et à la recherche universitaire vont fragiliser les convictions trotskystes de Weber, d’autant plus qu’il sera constamment exposé au sectarisme et à l’intolérance des militants d’extrême gauche, et notamment des maoïstes. Il adhère finalement au PS en 1986, au moment de la victoire de la droite aux élections législatives qui provoque la première cohabitation.

Au sein du Parti socialiste, Henri Weber est un proche de Laurent Fabius, et il grimpe rapidement les échelons pour devenir pendant près de trente ans un membre important de l’appareil de direction du parti. Il exerce aussi plusieurs mandats importants : il est notamment sénateur de Seine-Maritime entre 1995 et 2004 et député européen de 2004 à 2014.

Sa mort fait écho à celle de Patrick Devedjian, près d’un mois auparavant, terrassé lui aussi par le Covid-19. Les deux hommes étaient de la même génération – nés tous deux en 1944 –, sont tous les deux issus de familles d’origine étrangère, et se sont opposés politiquement dès les années 1960, en militant au sein de groupes violents aux deux extrémités de l’échiquier politique. Finalement, ils se sont pareillement ralliés aux partis de gouvernement de droite et de gauche, actant leur conversion aux idées libérales et à la démocratie représentative.

C. R.

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