Covid 19 : Des entreprises médicales chamboulées, quel lien avec la politique ?

A l’heure où l’activité économique est fortement enrayée, causant une importante récession, certaines entreprises spécialisées dans le matériel médical sont sonnées, alors qu’elles faisaient face à d’importantes difficultés… Petit décryptage au travers des cas de Famar et Luxfer, qui sont des exemples de premier ordre. Enfin, la venue du Président dans une usine angevine sera aussi abordée.

Famar Lyon :

L’usine éponyme basée à Saint-Genis-Laval fabrique douze médicaments d’intérêts thérapeutiques majeurs. Ce site étant d’ailleurs le seul du pays à fabriquer et délivrer pour le marché français le Notézine et la Nivaquine.

Désormais en redressement judiciaire et sans commande au-delà du 3 juillet, l’usine pourrait fermer ses portes alors que sort de ses murs le fameux antipaludéen à base de chloroquine (Nivaquine), recommandé par l’infectiologue marseillais Didier Raoult.

Ses avertissements lancés il y a un an sur une « inquiétante perte d’indépendance sanitaire », se révèlent prémonitoires. 

Exerçant une activité d’intérêt pour la nation, elle continue de tourner pendant le confinement et a livré à Sanofi, en janvier, 180.000 boîtes de Nivaquine. Mais le carnet de commandes s’arrête au 3 juillet pour ses employés.

C’est pourquoi pour sauver son activité, l’usine espère une commande de Nivaquine. En attendant, Famar Lyon a l’autorisation “immédiate” de produire 1 million de boîtes de chloroquine.

Une situation impromptue à une époque où le laboratoire recherchait un partenaire industriel, et que le groupe Famar rencontrait des difficultés. “Dans ce contexte économique, il n’a pas été possible de nous accompagner dans cette recherche, d’où la procédure”, explique l’encadrement de l’usine.

Reste que l’entreprise de 250 salariés aujourd’hui pourrait répondre à une demande seulement sous conditions.  L’état-major du site nous dit : “Malgré les difficultés, le personnel a toujours eu à cœur de répondre aux besoins des patients. Il suffit qu’on nous confie les volumes à produire, et on répondra à la demande”

La direction nous détaille quant à elle : “Nous ne sommes pas propriétaires de la molécule. C’est un laboratoire qui nous la confie et à partir de là, on fabrique”.A noter que l’entreprise est habilitée à produire également de l’azithromycine, associée par le professeur Raoult à l’hydroxy chloroquine dans son traitement.

Dans cette perspective stratégique, qui dépasse le « simple sauvetage » de la firme, la nationalisation de cette entreprise a été envisagée, par les salariés bien entendu, mais également par des acteurs politiques d’importance. 

Avec le soutien de deux sénateurs du Rhône, Annie Guillemot et Gilbert-Luc Devinaz qui demandent “que le gouvernement prenne une décision immédiate compte tenu de l’urgence sanitaire actuelle. Il nous apparait nécessaire que la nationalisation de cette entreprise soit envisagée dans les meilleurs délais”.

Ils avaient d’ailleurs écrit au mois de mars au Premier ministre Édouard Philippe afin de lui faire part de la situation de Famar Lyon. Une lettre restée pour le moment simple à des thématiques compliquées, la situation de l’usine est également sans réponse.

Le maire de Saint-Genis Laval, Roland Crimier, estime : « Trois investisseurs m’ont appelé à la mairie. Il faut aller vers un partenariat public-privé. La nationalisation, c’est une réponse à  des thématiques compliquées ». La situation de l’usine a également fait sortir Laurent Wauquiez du bois. Le patron de la région Auvergne-Rhône-Alpes serait disposé à apporter des aides«sous forme de prêts et d’accompagnement direct»« La Région ne va pas devenir actionnaire, mais intervenir pour accompagner. Les approches sont confidentielles, mais la volonté est de trouver directement un repreneur », précise son entourage.  « Demander la nationalisation a au moins le mérite de pousser à la recherche d’un acteur privé », constate Yannig Donius, représentant CGT.

 Il y a un an, le maire avait bien tenté de réunir les acteurs publics pour une table ronde. L’État était absent.

Enfin, dans son rôle de député, Jean-Luc Mélenchon prône la nationalisation de l’entreprise. C’est la crise qui nous l’impose » a-t- il martelé. Au même titre qu’ « il faut nationaliser Luxfer dans le Massif central. ».

Luxfer :

L’usine Luxfer, basée à Gerzat dans le Puy de Dôme, a été fermée par son propriétaire britannique en 2019. Elle était la seule d’Europe à fabriquer des bouteilles à oxygène médicales. Basé à Nottingham en Angleterre, Luxfer avait annoncé fin novembre 2018 la fermeture définitive de l’usine auvergnate, qu’il avait rachetée en 2001 à une filiale de Pechiney-Rhenalu.

En ce moment, la nationalisation de Luxfer est de plus en plus réclamée. Par exemple de la part de Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen, mais aussi des anciens salariés de l’usine qui réclament une intervention rapide de l’État français. Le grand syndicat CGT a aussi fait la même demande jeudi dernier afin de faire face aux besoins liés à la pandémie en cours.

A toutes ces revendications adressées, le délégué interministériel aux restructurations a répondu qu’il « étudiait le dossier ».

 Sur France 2, le tribun Mélenchon s’exclame : “Depuis le début, je demande: ‘Est-ce que, oui ou non, vous allez nationaliser cette entreprise?’, car les travailleurs sont prêts à y retourner maintenant même et à travailler”. Une demande qu’il avait déjà formulée à l’Assemblée nationale. 

Quant à elle, Marine Le Pen dégaine à sa manière, sur Twitter : «  Luxfer (bouteilles d’oxygène), Famar (chloroquine): ces deux entreprises françaises sont en grande difficulté. Renouer avec l’État-stratège et la souveraineté sanitaire, c’est maintenant: que l’État nationalise et relance ces deux fabricants! Agissons ».

Les ex-salariés ont maintenu l’outil de travail en état de fonctionner

Il en va de “la responsabilité de l’État français” qui doit “nationaliser définitivement l’usine, pour un redémarrage immédiat de l’activité”, avait écrit la CGT dans un communiqué, afin d’éviter “une pénurie similaire à l’Italie, l’Iran ou la Chine”.

Ces fameuses bouteilles sont utilisées notamment pour atténuer les symptômes de détresse respiratoire et éviter la réanimation ou lorsque les malades doivent être déplacés, comme dans le cas de Mulhouse qui est saturé.

L’usine de Gerzat fabriquait 220.000 bouteilles par an, dont la moitié pour l’oxygène médical, 40% pour équiper les pompiers et 10% pour l’industrie, selon la CGT. 

Les salariés, qui occupaient leur usine depuis le mois de janvier, ont mis fin à leur action jeudi pour respecter le confinement.

Comme le relate Le Parisien ce mardi 24 mars, eux aussi réclament la nationalisation de leur entreprise. Dès qu’ils ont appris  la situation en Chine et en Italie, ils ont d’ailleurs contacté le ministère de Bruno Le Maire pour le prévenir, raconte Frédéric Vigier, ancien délégué CFDT de Luxfer. 

“Est-ce que vous êtes au courant que la dernière usine d’Europe qui produit des bouteilles d’oxygène médical est à l’arrêt et que cela prendra plusieurs semaines pour la redémarrer en cas de pénurie ? ”, ont-ils expliqué. 

Depuis la fermeture de l’usine, les ex-salariés ont pourtant maintenu leur ancien outil de travail en état de fonctionnement. À tel point qu’ils plaident aujourd’hui pour une intervention rapide de l’État, et qu’ils ont donc abandonné leur occupation des lieux pour se confiner. Ils estiment, rapporte encore le Parisien, à deux ou trois mois le temps nécessaire à une reprise de l’activité. 

L’alerte étant donnée, c’est à l’État de prendre ses responsabilités…

Macron à l’usine :

Ce mardi 31 avril, près d’Angers, le Président était de visite sur le site de l’usine de masques et PME dénommée « Kolmi-Hopen », par ailleurs l’un des 4 sites de production français. Il a dit vouloir atteindre « l’indépendance pleine et entière » de la France dans la production de masques « d’ici la fin de l’année», délaissant ses habituels relents libéraux, au profit d’un discours plus national.

En fait, Emmanuel Macron a souhaité «l’indépendance pleine et entière»de la France « d’ici la fin de l’année» dans la production de masques, qu’ils soient FFP2, chirurgicaux, ou bien de catégories 3 et 4. Il poursuit : « Fin avril nous serons à plus de 10 millionsde masques fabriqués en France, ou encore « nous continuerons cet effort ». « Pour faire face, nous avons décidé d’importer massivement et vite. Plus d’un milliard de masques arrivent de Chine. Mais il nous faut aussi et avant toute chose produire davantage sur notre sol. Produire plus sur le sol national pour réduire notre dépendance.»

Enfin, il a aussi confirmé qu’un consortium de quatre grands groupes industriels venait de se créer, ayant comme objectif de fabriquer «d’ici mi-mai 10.000 respirateurs» pour équiper les hôpitaux débordés par les cas graves de malades. Ce groupement d’entreprises, mené par Air Liquide, est composé du spécialiste des équipements électriques Schneider Electric, de l’équipementier automobile Valeo, et du constructeur PSA.

De quoi dynamiser le « made in France », alors que la mondialisation est aujourd’hui bousculée, pour des raisons qui ne sont plus à rappeler.

RD

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