Brexit : retour sur les étapes de l’épopée britannique

C’est officiel, le Royaume-Uni ne fait plus partie des pays membres de l’Union Européenne depuis vendredi dernier à minuit. Cette soirée symbolique a eu lieu presque quatre ans après le référendum qui avait consacré la victoire des partisans du « Brexit ». Au-delà du symbole, les règles qui régissent les rapports entre l’UE et le Royaume-Uni ne vont pas changer du jour au lendemain, et la période de transition doit durer au moins jusqu’au 31 décembre 2020. Retour sur une aventure britannique qui a bouleversé l’avenir de l’Europe.

1999 – 2016 : montée en puissance de Ukip et de la thématique du « Brexit »*

Le Royaume-Uni intègre la Communauté Économique Européenne (CEE, l’ancêtre de l’UE) en 1973, après s’être heurté à deux reprises au refus catégorique du Général de Gaulle. Mais les britanniques ne vont s’impliquer qu’avec beaucoup de frilosité dans la construction institutionnelle de l’Union, et refusent notamment l’intégration dans l’espace Schengen en 1985. En 1992, le Royaume-Uni exige une clause d’exception lui permettant de ne pas adopter la monnaie unique lors de la signature du traité de Maastricht.

Malgré cette faible implication, les tendances eurosceptiques et souverainistes sont fortes en Grande-Bretagne et notamment en Angleterre, un certain nombre de mouvements politiques émergent. Parmi eux, le Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni (Ukip) est fondé en 1993 par Alan Sked, avec une ligne souverainiste, et une opposition à l’immigration. Il obtient, pour la première fois, trois députés aux élections européennes de 1999. Par la suite, le parti est dirigé durant longtemps par le talentueux orateur Nigel Farage, et remporte des scores de plus en plus importants, pour finir par remporter les élections de 2014 en envoyant 24 députés sur 73 au Parlement Européen.

23 juin 2016 : la victoire des souverainistes au referendum

Face à cette montée de la thématique du Brexit, les conservateurs au pouvoir sont divisés. Lors de sa campagne pour les élections générales de 2015, le Premier ministre David Cameron promet d’organiser, au plus tard en 2017, un referendum sur le maintien du Royaume-Uni dans l’UE. Les conservateurs remportent les élections et Cameron tient sa promesse : un referendum est organisé le 23 juin 2016. A la grande surprise des instituts de sondages, le camp du « leave » remporte la victoire avec près de 52 % des voix, alors que 72 % des britanniques se sont déplacés pour voter. David Cameron démissionne alors de son poste de Premier Ministre, et est remplacé en juillet 2016 par Theresa May, à qui se voit confiée la lourde tâche de mener à bien les négociations avec l’UE pour préparer le Brexit.

29 mars 2017 : déclenchement de l’article 50

Après de longues négociations internes au Parti conservateur et à la classe politique britannique, l’article 50 du Traité sur l’Union européenne (TUE) qui permet à n’importe quel État-membre de quitter l’UE, est déclenché et une notification en est faite auprès du président du Conseil européen, Donald Tusk. Des négociations sont alors entamées entre le Royaume-Uni et les instances de l’UE concernant principalement la dernière contribution britannique au budget européen, le statut des ressortissants de l’UE travaillant en Grande-Bretagne et la question de la frontière entre les deux Irlande (le fameux « backstop »).

17 octobre 2019 : accord final sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE

Après son échec aux élections générales de juillet 2019, Theresa May démissionne et elle est remplacée à son poste de Premier ministre par le « Brexiter » Boris Johnson, qui promet une sortie effective de l’UE avant le 31 octobre. Un accord est finalement trouvé par les deux parties le 17 octobre, soldant enfin la question du backstop en prévoyant des contrôles douaniers entre l’Irlande du Nord et le reste du Royaume. Le texte est adopté le jour même par le Conseil européen, et doit ensuite être approuvé par la Chambre des communes britannique.

12 décembre 2019 : triomphe de Boris Johnson aux élections législatives

Après de longues négociations et trois échecs consécutifs, le nouveau Premier ministre britannique parvient enfin à convaincre l’opposition travailliste de convoquer des élections générales anticipées. Celles-ci ont lieu le 12 décembre, et voient les conservateurs obtenir la majorité absolue des sièges à la Chambre des communes, avec un score jamais atteint depuis l’ère thatchérienne.

31 janvier 2020 : sortie effective de l’Union Européenne

L’obtention d’une large majorité conservatrice lors des élections générales permet alors à Boris Johnson de faire approuver l’accord de retrait conclu avec l’UE le 9 janvier 2020. La date de sortie effective de l’Union est fixée au 31 janvier 2020. Boris Johnson, malgré le succès de sa stratégie, ne célèbre pas le Brexit avec fierté, et se veut rassembleur en sa qualité de Premier ministre. En revanche, c’est sûrement Nigel Farage qui exprime le mieux l’état d’esprit des partisans du Brexit lors de son ultime discours au Parlement européen : il convoque alors le souvenir des referendums de 2005 sur la constitution européenne en France et en Hollande, ainsi que le referendum de 2008 en Irlande, et fustige le caractère antidémocratique de l’Union Européenne tout en brandissant avec les membres de son parti l’Union Jack – avant que son micro ne soit finalement coupé par la présidence de l’assemblée.

Et maintenant ?

Quelques jours seulement après le Brexit, les confrontations reprennent déjà de plus belle, alors que Boris Johnson annonce qu’il souhaite négocier un accord de libre-échange avec l’UE mais sans en respecter les réglementations concernant la concurrence ou encore la protection sociale. Michel Barnier, négociateur en chef de l’UE avec le Royaume-Uni, lui répond qu’il est inacceptable d’accepter aux portes de l’Europe une économie aussi dérégulée qui bénéficierait de plus « d’avantages concurrentiels déloyaux ».

Se pose toujours également la question irlandaise du « backstop », ainsi que le regain des velléités indépendantistes en Écosse, qui pourraient bien mener, dans le cas le plus extrême, à une dislocation du Royaume-Uni. Toutes ces questions restent en suspens alors que le pays entre dans la « phase de transition » qui devrait durer onze mois, et à l’issue de laquelle le Brexit sera définitivement acté.

CR

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