Liberté d’expression, laïcité et terrorisme

Vendredi 17 octobre 2020, un professeur d’histoire a été assassiné dans un collège de Conflans-Sainte-Honorine, dans les Yvelines. 

Samuel Paty, 47 ans a été décapité par un terroriste russe tchétchène,Abdouallakh Anzorov, âgé de 18 ans, après avoir montré à sa classe des caricatures du prophète Mahomet dans le cadre d’un cours sur la liberté d’expression en France.

Un acte de terreur qui relance des débats républicains sensibles dans l’espace public. 

Lors du procès en cours des attentats de Charlie Hebdo de janvier 2015, un hommage a été rendu par le président Régis de Jorna à ce professeur “mort du seul fait d’avoir transmis à ses élèves ce que représentait la liberté de pensée et la liberté d’expression”,

Des principes définis dans la Constitution de 1789 comme l’ «un des droits les plus précieux de l’homme : tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre à l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi ».

Un rassemblement d’hommage a également envahi la place de la République à Paris où des milliers d’anonymes brandissaient des pancartes avec des unes de Charlie Hebdo et des caricatures. Une minute de silence et le chant de la Marseillaise ont célébré l’union et la solidarité républicaine des manifestants.

Les représentants de nombreux courants ainsi que le premier ministre Jean Castex étaient présents parmi la foule. Seuls les représentants du Rassemblement National étaient absents, et pour cause : ceux-ci considèrent que la “politique de la bougie” doit prendre fin et que le temps de l’action est venu. Au slogan espagnol « Ils ne passeront pas ! » repris par Emmanuel Macron, Marine Le Pen rétorque « Ils sont déjà là, jusque dans nos écoles!». 

Elle quiavait d’ailleurs personnellement remis le 6 octobre ses recommandations de lutte contre le terrorisme (instauration d’un roman national, l’arrêt de l’immigration, l’interdiction du salafisme, etc.) au ministre de l’Intérieur Jean Darmanin.

Ce dernier a par ailleurs demandé la fermeture de la mosquée de Pantin, qui avait diffusé sur sa page Facebook une vidéo dénonçant les cours de Samuel Paty et l’adresse du collège où il enseignait, ravivant ainsi la polémique autour de la laïcité. 

Le responsable de cette mosquée M’hammed Henniche a déploré : “Il y a une certaine tension, donc l’exécutif est dans une position où il faut qu’il fasse des gestes forts, c’est un geste pour absorber l’émotion, pour réagir”. 

Un geste ressenti par les fidèles de cette mosquée comme une forme de discrimination, contraire à la définition de laïcité inscrite dans la Constitution stipulant : « La France est une République indivisible, laïque, démocratique et sociale. Elle assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion. Elle respecte toutes les croyances ». (Article 1er)

Cependant, le rôle des réseaux sociaux est largement questionné par cette affaire. La ministre déléguée à la citoyenneté Marlène Schiappa a convoqué les patrons français de Facebook, Instagram, Snapchat et Twitter afin de déterminer la responsabilité de ces plateformes dans le relai de vidéos montrant le crime commis contre Samuel Paty, soit des actes de cyberterrorisme. Son projet consiste à mettre en place un « groupe de contact permanant » permettant à ces groupes de coopérer avec le gouvernement dans la détection des contenus haineux et de propagande terroriste. 

Pharos, la plateforme gouvernementale dont le but est celui-ci, a identifié 80 messages qui soutiennent l’action de l’agresseur. Ces personnes vont toutes être mises en examen, en plus des 15 suspects de l’affaire qui ont déjà été interrogés. 

Les propositions d’actions concrètes contre le séparatisme islamiste sont donc nombreuses, et les réponses attendues seront données après et non pas pendant l’hommage national, un temps de recueillement qui sera rendu par le président Macron le mercredi 21 octobre 2020 à la Sorbonne, « lieu symbolique des Lumières, tribune pour l’expression de la liberté de conscience et de pensée, des idées et donc du progrès ».

Laora Hoek 

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