Tout commence le vendredi 21 février dans le cadre d’un conflit obscur entre Jean Messiha,  personnalité montante du Rassemblement National (RN) et un humoriste assez médiatique, Yassine Belattar. Ce dernier, engagé politiquement notamment en faveur des quartiers populaires et de l’antiracisme politique, l’avait comparé à plusieurs reprises à un « chameau » sur Twitter ainsi que sur le plateau de TPMP, l’émission de Cyril Hanouna. Les deux hommes se sont d’ailleurs affrontés durant des semaines via des publications sur les réseaux sociaux. Mais la métaphore animalière n’a, semble-t-il, jamais été considérée comme raciste par les responsables politiques ni par les médias – probablement en vertu du statut d’humoriste de Yassine Belattar ainsi que du fait qu’il soit lui-même d’origine arabe, tout comme Jean Messiha – ce qui l’a encouragé dans ses provocations à outrance. Le 21 février, après une énième provocation de l’humoriste franco-marocain, le cadre du RN interpelle directement – non sans une pointe d’humour – SOS Racisme ainsi que son président, Dominique Sopo, sur Twitter.

L’affaire aurait pu en rester là si ce dernier s’était contenté d’ignorer le petit jeu de provocations réciproques entre les deux hommes, ou encore de répondre de manière évasive en condamnant sans trop en faire les propos de Yassine Belattar. Mais le président de SOS Racisme n’a pas supporté d’être interpellé de la sorte par un membre du RN et sa réponse ne manque pas d’audace. En effet, non seulement Dominique Sopo ne condamne pas les propos de Yassine Belattar, mais il se permet de surcroît d’en rajouter une couche avec un tweet sarcastique se réappropriant la comparaison animalière. Jean Messiha, légitimement outré par ce manque de professionnalisme, relaie ce tweet et annonce réfléchir à déposer plainte contre SOS Racisme :

Immédiatement, Jean Messiha a été soutenu et relayé par les cadres du RN, dont Marine Le Pen elle-même, qui ont condamné massivement l’attitude désinvolte – voire même raciste – de Dominique Sopo. La présidente du RN reprend à son compte la théorie bien connue selon laquelle le mouvement antiraciste ne serait qu’un supplétif de la gauche ayant perdu le vote des ouvriers, et voyant dans la population issue de l’immigration, un vivier d’électeurs potentiels pour les remplacer. Ils sont rejoints assez vite par des personnalités médiatiques, y compris de gauche, comme Eric Naulleau, qui condamne fermement les propos de Yassine Belattar et la nonchalance de Dominique Sopo. Néanmoins, la plupart des médias se contentent de noyer le poisson avec une mauvaise foi inouïe, expliquant que la comparaison avec un chameau n’est pas raciste puisque cet animal n’est pas présent en Égypte, et qu’elle ne visait pas des caractéristiques physiques mais morales, puisque le chameau est – bien évidemment, tout le monde le sait – connu pour son tempérament grossier et désagréable, ou encore qu’il ne faudrait pas la placer sur le même plan que les propos racistes de la candidate FN qui avait comparé Christiane Taubira à un singe, car la comparaison entre les arabes et les chameaux ne fait pas partie du registre officiel du racisme ! Toutes ces contorsions pour éviter d’avoir à condamner des propos effectivement racistes émanant du président d’une association antiraciste, et les requalifier ainsi en « mauvais goût » ou en maladresse.

Finalement, le mardi 25 février, Jean Messiha a porté ses menaces à exécution en annonçant avoir porté plainte contre Dominique Sopo. Il serait tristement comique que le président d’une association antiraciste soit condamné par la justice en vertu d’une loi qu’il a lui-même contribué à faire voter. Le monde politique est plein d’ironie, et il semblerait que SOS Racisme soit en train d’en faire les frais médiatiquement, avec une bien mauvaise publicité et une affaire judiciaire en cours.

C. R.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *