Affaire Avia : plusieurs des anciens collaborateurs de la députée LREM s’apprêtent à porter plainte pour harcèlement moral

Le 18 mai 2020, un communiqué de Me Maud Sobel, avocate des anciens assistants parlementaires de Laetitia Avia, nous apprenait que ces derniers ont pris la décision de porter plainte contre la députée de Paris pour « harcèlement moral ». La députée de La République En Marche a également annoncé une plainte en diffamation contre Mediapart, mettant en cause la publication de leur enquête accablante parue la semaine dernière. Une nouvelle étape dans le feuilleton plein d’ironie concernant la mise en cause d’une députée dont le nom a été attribué à une proposition de loi visant à lutter contre la haine sur Internet, et qui se trouve aujourd’hui accusée de propos racistes et homophobes.

La proposition de loi Avia

La députée LREM Laetitia Avia apparaît depuis plusieurs mois dans les médias pour promouvoir la loi contre les contenus haineux sur Internet, dite « loi Avia », qui est définitivement adoptée par l’Assemblée nationale le 13 mai dernier. Ce texte prétend imposer de nouvelles obligations aux principaux réseaux sociaux. Ces derniers risqueront une très forte amende s’ils ne suppriment pas sous vingt-quatre heures les messages litigieux (par exemple les propos racistes et antisémites) les plus évidents qui seraient portés à leur connaissance.

Mais qu’en est-il de la pertinence d’une telle loi et des risques de censure qu’elle va nécessairement engendrer ? L’Allemagne a adopté une loi similaire à la loi Avia pour lutter contre la haine sur Internet, loi dont l’efficacité n’est pas véritablement établie. En effet, la loi sur l’amélioration de la loi dans les réseaux sociaux « NetzDG », entrée en vigueur en 2018 outre-Rhin, impose à la manière de la loi Avia d’importantes sanctions financières aux réseaux sociaux qui ne s’emploieraient pas assez vite à retirer les contenus illicites signalés. Mais pour l’instant, si les craintes concernant un risque de censure généralisée ont été tempérées, l’efficacité de la loi n’est toujours pas mesurable.

Les révélations de Mediapart

Alors que la députée LREM est censée présenter sa proposition de loi en dernière lecture à l’Assemblée nationale le 13 mai dernier, le journal Mediapart publie la veille une longue enquête mettant en cause cette dernière pour des faits s’apparentant à du harcèlement moral et des propos homophobes, mais aussi sexistes et racistes. Ces accusations sont soutenues par cinq anciens collaborateurs parlementaires de Laetitia Avia, et ceux-ci sont ensuite rejoints par trois autres qui ont confirmé ces allégations le lendemain à BFMTV. Dans l’article, la députée est accusée de moqueries sur le physique, la tenue vestimentaire de militantes ou d’une élue et d’humiliations à répétition, de harcèlement et d’abus de pouvoir sur ses collaborateurs. Sont également évoqués des propos jugés sexistes, racistes ou homophobes dans ses échanges avec des membres de son équipe. La députée a réagi sur Twitter en affirmant que certains des anciens collaborateurs participant aujourd’hui à ces accusations de harcèlement moral ne s’étaient jamais plaints auparavant et la sollicitaient encore après leur départ pour lui demander des conseils.

Quoi qu’il en soit, les révélations sur les propos racistes et homophobes de la députée font tâche lorsqu’il s’agit de mettre en avant une proposition de loi supposée accentuer la lutte contre la haine en ligne, et notamment contre les discours racistes et intolérants.

C. R.

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