Accord commercial entre le Mexique et l’UE : qu’en est-il exactement ?

Alors qu’en ce moment, les grands acteurs du monde se préoccupent de gérer au mieux la pandémie de coronavirus, l’Union Européenne, via la Commission de Bruxelles, a annoncé avoir conclu un accord de libre-échange avec le Mexique, sans garantie environnementale. Ceci se faisant en parfait contraste avec la crise actuelle qui entrave la mondialisation, et suscite beaucoup de commentaires quant à une nécessaire souveraineté industrielle et alimentaire à refonder…

Le pacte et ses modalités :

Si la direction européenne se targue d’avoir achevé la modernisation de l’accord de libre-échange, avec des bases plus ambitieuses, il s’agit pour le moment d’un accord de principe, qui préfigure lever la quasi-totalité des droits de douane sur les produits échangés avec l’UE, et notamment les produits agricoles, une nouveauté.

Pour l’heure, les négociations ont donc abouti entre les deux parties, tombées d’accord sur les dernières questions en suspens, notamment la « portée de l’ouverture des marchés publics » au Mexique que le gouvernement fédéral mexicain devait négocier avec les différents Etats du pays. Les entreprises européennes pourront ainsi accéder « aux marchés publics de 14 Etats mexicains qui représentent 64 % du PIB du Mexique » ont déclaré à l’AFP des sources à Bruxelles, soulignant d’ailleurs que c’est la première fois que le Mexique ouvre son marché public sous-fédéral. 

L’accord inclut « de nouveaux domaines tels que l’énergie et les matières premières, le développement durable, les petites et moyennes entreprises, les bonnes pratiques réglementaires, la transparence et la lutte contre la corruption » a déclaré le secrétariat mexicain de l’Economie dans un communiqué. 

Pour sa part, l’UE se montre très enthousiaste dans la présentation de cet accord négocié par la Commission, soulignant « l’immense potentiel du Mexique pour que les entreprises de l’UE augmentent leurs exportations », et prédisant une baisse du prix des produits mexicains en Europe, tout comme une arrivée massive des denrées provenant du Vieux Continent. Mais il y aussi une cause idéologique, qui est explicitée : « Conclure un accord neuf et modernisé enverrait au monde le message puissant que le Mexique et l’UE rejettent tout du protectionnisme ». Cependant, dans ce rapport, rien ou presque rien, n’est écrit concernant les avantages potentiels du Mexique en échange de telles concessions.

Le Commissaire européen au Commerce, l’Irlandais Phil Hogan, affirme : « Une fois entré en vigueur, cet accord aidera l’UE et le Mexique à consolider leurs économies respectives et à stimuler l’emploi », ou encore : « Ces derniers temps, la lutte que nous menons dans la crise du coronavirus mobilise toute notre énergie, mais nous avons aussi fait progresser notre programme en faveur d’un commerce doux et équitable, qui n’a rien perdu en importance. » En effet, cet accord ne constitue qu’une seule étape libre-échangiste aux yeux de ce chantre de la mondialisation qui précise que « nous avons signé 41 traités dans 75 pays et nous devrions en signer encore plus que cela dans les années à venir. »

Par ailleurs, une fois que l’examen juridique du texte, qui est en cours, et la traduction dans les langues de l’UE seront terminés, le processus de ratification pourra commencer, au sujet de ce pacte loin d’être entré en vigueur. 

Pour preuve, au Mexique, le Sénat doit ratifier le traité. Et de l’autre côté de l’Atlantique, il devra être approuvé par le Parlement européen (de plus en plus sceptique face au libéralisme extrême), des gouvernements des Etats membres de l’UE, mais aussi des différents parlements nationaux.

Rappel historique :

Les deux parties avaient annoncé en avril 2018 un « accord de principe » dans le cadre de la négociation entamée en mai 2016, ayant pour but de moderniser l’accord commercial du début des années 2000, qui plus précisément, était entré en vigueur en 2000, le volet consacré aux échanges de services ayant suivi en 2001.

Depuis cette date essentielle, le commerce entre le Mexique (marché de près de 130 millions de clients) et l’UE (bloc de près de 450 millions d’habitants, depuis le départ du Royaume-Uni), a triplé. Le Mexique est d’ailleurs aujourd’hui le premier partenaire commercial de l’UE dans toute l’Amérique latine, avec un commerce bilatéral annuel de 66 milliards d’euros pour les marchandises, et de 19 milliards pour les services.

Les critiques s’élèvent :

Un tel pacte suscite évidemment de nombreuses réactions d’opposition de la part des défenseurs de l’environnement, qui voient alors une accélération de la mondialisation rétrograde, ayant déjà montré ses conséquences néfastes sur le plan écologique. Selon eux, l’Union met en danger ses producteurs, et remet en cause la capacité mexicaine de renforcer son autonomie alimentaire, au profit des entreprises exportatrices. Mais Bruxelles fait valoir que ce traité ne remet pas en cause la qualité des services publics européens, tout en respectant l’accord de Paris sur le climat.

Emmanuel Maurin, député européen membre de la Gauche républicaine et socialiste (Groupe GRS), affirme : « Comme on le craignait, la Commission semble n’avoir tiré aucune leçon des graves crises que nous traversons. Déjà très frappés par les accords de libre-échange précédant, les paysans des deux bords vont être pris encore davantage en concurrence par les produits de l’agro-business ».

Quant aux agriculteurs français, ils s’inquiètent des conséquences de ce énième traité de libre-échange. Interbev, association nationale interprofessionnelle du bétail et des viandes, a publié un communiqué alertant sur « l’ouverture du marché européen à 20 000 tonnes de viandes bovines mexicaines à droits de douane très réduits ». Une décision qualifiée de « scandale » puisque d’après le syndicat, « ces viandes étaient jusqu’à aujourd’hui interdites sur le sol européen en raison de leur non-conformité aux normes sanitaires de l’UE ».

Cependant, un soutien de taille pourrait leur être apporté par Emmanuel Macron qui estime récemment, dans une entrevue au Financial Times, que « déléguer notre alimentation, notre protection, notre capacité à soigner, notre cadre de vie, au fond à d’autres, est une folie ». Reste à savoir si cette parole se traduira en actes.

Roméo Delphin

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